INTERNET: PASSERELLE OU BARRIERE

L’interface et l’intéraction ont remplacé le face à face et l’action. Dans la communication via le réseau, le média s’impose, lie, contraint, quelle est sa place dans ce nouveau mode de communication, qu’engendre-t-il? Comment évolue la language? quelle est l’identité de l’individu et de ceux avec qui il communique? 1. L’IDENTITE NUMERIQUE

La première question à soulever est celle de l’identité numérique.
Tout d’abord, c’est celle-ci qui crée le lien entre notre environnement, notre monde tangible, et cet environnement parallèle et évolutif qu’est internet.
L’identité numérique permet aux individus de maîtriser les manifestations de leur présence et de leur existence dans le monde numérique et donc de s’approprier les outils mis à leur disposition de manière personnelle voire intime.
Le fait que le réseau implique l’ubiquité de l’individu, celui-ci peut posséder plusieurs identités et se manifester sous une ou plusieurs à la fois.
L’identité numérique est la base de la communication via le réseau puisque c’est par elle que l’individu va manifester sa disponibilité.
Dans les messageries instantanées, on ne peut contacter l’autre que s’il le désire, même s’il est sur le réseau, ce qui n’est pas le cas du téléphone par exemple où l’individu n’est pas joignable que lorsqu’il est hors réseau (téléphone éteint, débranché). On peut choisir un statut, choisir pour qui on est visible et ainsi filtrer soi même, définir son degré de disponibilité.
Il y va de même pour les informations concernant l’individu, qui peut décider de se dévoiler entièrement, en partie, de mentir sur son identité, voire la dissimuler.

Quels sont les buts de l’identité multiple ?
Il y a plusieurs raisons qui peuvent motiver un individu à se masquer derrière une identité qui ne lui correspond pas ou à se cacher tout simplement :
– se protéger (fraudes, ne pas être reconnu)
– se repérer (différentes identités selon les activités)
– se divertir (devenir quelqu’un d’autre, jouer un rôle)

Vers une synthèse de l’individu ?
Un des aspects fascinant de la messagerie instantanée et de l’email, est la réduction d’une personne à une simple poignée de lignes. Pour écrire à des millions de personnes, nous ne devons plus connaître leur prénom, nom, adresse, ville, code postal et pays. Tout que nous avons besoin doit savoir que leur pseudonyme francois32099 ou que leur adresse email est mich.delacourt@chezmoi.com.
Tandis que ces poignées de lignes rendent la communication gentille et simple, elles ne suffiront jamais en tant qu’identité formelle d’une personne.

Cette identité numérique sera donc la base de toute communication par le réseau quelque soit sa forme (pseudonyme, avatar, adresse mail, formulaires…).

2. LA MESSAGERIE INSTANTANEE

La transmission de messages et la présence instantanées – la fonction de pouvoir voir si les gens sont entrés sur le réseau, et leur envoyer des messages en temps réel – est l’une des applications les plus populaires de l’Internet, stimulant un sens « de la communauté en ligne » comme peut-être comme aucune autre application ne l’a fait.

Tandis que quelques aspects de transmission de messages instantanée peuvent sembler intuitifs, il y a des dispositifs multiples qui agissent l’un sur l’autre pour former cet environnement. Ceux-ci incluent :
– L’ Identité d’utilisateur
– Annuaires d’utilisateur – comment découvrez-vous que les utilisateurs existent, et quelles sont les règles pour leur accéder ?
– Présence – comment savez-vous si et où un autre utilisateur est disponible sur le réseau ? Comment définir qui peux voir votre présence, et la quantité d’informations au sujet de vous-même ?
– Transmission de messages avec préavis – que pouvez-vous envoyer, et comment savez-vous si le destinataire peut manipuler ce que vous voulez lui envoyez?
– Support de conversation – un message est-il un message, ou est-ce une ligne dans une « conversation » ? Les la plupart les interfaces IM fournissent le concept d’une « fenêtre de discussion » où les utilisateurs dactylographient l’un l’autre dans un mode « ma ligne, votre ligne… ».
– Salon de discussion – est-il possible d’installer des salons où beaucoup de gens peuvent parler en tant que groupe ? Quel est le paradigme de commande pour des salles de discussion, et comment il est imposé ? Dans l’IRC, ce sont les bases du système entier ; dans d’autres systèmes, ils semblent être ajoutés après coup à la discussion avec préavis.
– Dispositifs additionnels – il y a les clients IM avec le transfert de fichier, les conversations vocales, la vidéo et plus…

Tous ces éléments et ces questionnements mettent un frein à la communication et la rendent moins instantanée qu’il n’y paraît. La limite matérielle (hardware) et logicielle (software) jouent un rôle capital dans cette communication dont la qualité va dépendre selon la qualité de ceux-ci et de leur présence.
En effet, le fait de pouvoir voir, parler, échanger des fichiers et écrire à ses interlocuteurs va influer sur la fidélité et la qualité de la discussion. De ce mode de communication naît un nouveau langage qui lui est propre et qui va même jusqu’à transformer (et appauvrir) langue.
L’utilisation de smileys( :-p …) pour traduire des émotions, d’abréviations (asv : age, sexe, ville, mdr : mort de rire…) vont dans le sens de la rapidité et l’efficacité de communication induite par ce mode de communication.

QUELS SONT ILS ?

– L’IRC
Sans doute le plus ancien outil de chat, l’IRC permet en se connectant à un salon de discussion de communiquer avec d’autres personnes déjà dans ce salon. La première chose est de se trouver un « nick » ou pseudo, qui vous est propre et qui permet de vous reconnaître dans les salons. Une fois connecté au réseau une liste de salon apparaît, généralement le nom du salon traduit le thème abordé : #linux, #Starwars
Deux programmes servent d’interface pour vous connecter à l’IRC :
MIRC le plus populaire : www.mirc.co.uk
Pirch : www.pirch.com

– MSN chat
Microsoft propose, à condition de créer gratuitement un compte messagerie chez eux : hotmail.com, de nombreux salons de chat en ligne dans différents domaines : informatique, la vie en ville, ados, religion … classés par langue de discussion et pour lesquels le logiciel nécessaire se télécharge automatiquement lors de la première utilisation. Système de chat dans le même esprit que l’IRC.
• Messenger
Accès en téléchargeant un petit logiciel : MSN Messenger, à une interface du style de ICQ où vous pouvez voir si vos contacts, qui ont également Messenger, sont en ligne, et alors vous avez la possibilité de discuter avec eux soit par écrit soit par oral.
– ICQ
ICQ ou I Seek You : je te cherche. C’est actuellement quelques 74 millions d’utilisateurs.
Ce petit logiciel gratuit offre de nombreuses façons de communiquer. Il attribue un numéro unique et demande de rentrer un pseudo ainsi qu’une adresse e-mail, c’est par ces trois paramètres qu’on peut vous retrouver. Contrairement à l’IRC, ICQ ne propose pas le chat par salon mais une liste de contact, c’est à dire des personnes inscrites à ICQ également, et le logiciel se charge de dire si elles sont en ligne ou non. Il y également la possibilité de chercher un interlocuteur au hasard parmi les utilisateurs en ligne.
L’apparition de la vidéo dans la messagerie instantanée résout un des problèmes que pouvait être la frustration de ne pas pouvoir faire confiance à un menteur potentiel.

3. LE PEER TO PEER

Une rupture avec le modèle client-serveur classique.

A l’ère d’Internet et du Web, nous sommes familiarisés avec le concept client-serveur. Dans ce concept, le client demande un service au serveur. Le serveur l’exécute et transmet le résultat au client. En d’autres termes, la demande vient toujour d’un client et le serveur ne prend jamais d’initiative.
Avec l’arrivée du peer to peer (point à point), on ne parle plus de client et de serveur mais d’applications qui sont à la fois client et serveur.
Ce concept est notamment apparu en 1998 avec la célèbre application Napster qui permet de partager et d’échanger entre amis des fichiers contenant de la musique, au format MP3. Condamné par la justice américaine, Napster a été obligé de revoir son organisation. Sur les traces de Napster, d’autres applications suivant ce concept ont vu le jour, comme Gnutella, Seti, Groove, etc.

Le peer to peer permet des échanges entre utilisateurs et applications dans un univers hétérogène et mouvant. La force évidente de ce modèle est d’apporter des informations rares et utiles, car ces informations sont générées par les utilisateurs eux-mêmes.

POUR QUOI FAIRE ?
Dans un environnement peer to peer, les applications se trouvant sur des ordinateurs personnels (PC) se mettent sur un même pied d’égalité. Il n’y en a plus une qui initialise le dialogue et l’autre qui répond, toute application est capable d’initialiser un dialogue avec une autre et/ou de répondre à un appel. Parmi les applications les plus fréquentes permises par le peer to peer, on peut citer:
– la collaboration, par exemple entre ordinateurs au sein d’une entreprise ou d’une organisation,
– le partage de ressources entre deux ordinateurs de particuliers,
– le peer-to-peer computing, c’est-à-dire l’utilisation des CPU d’ordinateurs se trouvant n’importe où sur le réseau Internet pendant les moments où ces ordinateurs ne sont pas utilisés,
– la messagerie instantanée qui permet à deux ordinateurs de communiquer sans passer par un ordinateur central,
– la distribution d’une masse importante de fichiers sur plusieurs ordinateurs au sein d’un LAN. Cela revient à répartir le travail de cache, réalisé habituellement par un serveur proxy, sur plusieurs ordinateurs du LAN.

Deux modèles d’architecture
Il existe deux grandes variantes de l’architecture peer-to-peer:
– architecture hybride (assistée par un serveur): deux ordinateurs communiquent entre eux après la localisation du fichier recherché. La localisation de la ressource se fait via un serveur, connu par une communauté, contenant un annuaire commun où les utilisateurs s’enregistrent et déclarent les ressources à partager;
– architecture native: chaque ordinateur se prête au rôle de client/serveur/moteur de recherche.
Dans ce mode de communication, basé sur l’échange comme base identitaire, c’est la possession qui définit l’individu, pas une identité textuelle.
Le réseau permet d’étendre ses « possessions » mais aussi de se créer un réseau de connaissances lié à ses passions personnelles. Ce modèle fonctionne particulièrement bien dans la mesure où il y a une barrière de moins (serveur contrôlé).

4. CONCLUSION
L’utilisation de ces médias pour la communication par le réseau donne une impression de facilité de communication mais qui est en réalité très contraignante.
Celle-ci dépendra des technologies mises en œuvre, et dans la mesure ou l’utilisateur est en bas de la chaîne, victime des problèmes de compatibilité, de débits auxquels il est habitué, il accepte ou tolère des « barrière » inacceptables dans la vie, au quotidien. Par exemple, parler via un micro, filmé par une webcam avec les problèmes de débits serait comme parler à quelqu’un derrière une vitre sale, avec des échos et des coupures dans la discussion avec l’obligation d’attendre quelques secondes que l’autre entende…
Vu sous cet angle, peu de personnes accepteraient un tel mode de communication au quotidien dans notre monde physique, pourtant c’est ce que nous propose, toutes proportions gardées ce média de communication.
Cependant, il permet d’établir très rapidement des connexions vers des personnes qui ont quelque chose en commun et de faire partie d’une communauté.
Internet représente donc une grande passerelle pour permettre une communication massive, quantitative, mais une barrière pour la communication sensible, qualitative.

Ce contenu a été publié dans Enjeux et usages des TIC (février-juin 2003), Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

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