La conception, un voyage dans l’imaginaire (intervention d’Armand Hatchuel)

Compte rendu d’intervention d’Armand Hatchuel

La conception : un voyage dans l’imaginaire?

Construire une théorie de la conception pour définir un cadre générique commun de la conception. Quel est le langage de base?

Définition de la conception :
– manières de voir
– manières de composer

On a longtemps pensé que la différence entre l’homme et l’animal était l’outil. Or aujourd’hui il reste à l’homme de pouvoir naviguer entre ce qui existe et n’existe pas (moyen d’imaginer et de décrire).

Un peu d’histoire
Quand est ce qu »est apparue la théorie (théorie voulant dire construction d’un récit raisonné) ?

– 1e moment : rencontre entre les penseurs grecs et romains – naissance du 1e traité et naissance de l’ architecture (il y a une activité qui n’est pas les autres)
Vitruve, 1e siècle avant J.C.
2 langages : un langage pour décrire ce qui existe (ce qui est), un langage qui restaure un espace d’exploration (espace ouvert)
L’architecte est un philosophe des objets ou un artisan qui pense avec les catégories de la philosophie.

– 2e moment
La Renaissance
Avec la science (œil, trait, microscope, télescope,…), on peut voir des mondes invisibles, jusqu’ici inconnus.
« Qu’as tu fait de l’inconnu? » La science ne le dit pas mais elle l’utilise.

– 3e moment
La révolution industrielle repousse les limites de l’inconnu. L’ingénieur va s’inscrire dans cette théorie en mettant en œuvre sa capacité à étendre l’espace du connu. L’objet se construit avec des plans.

– 4e moment : naissance du Design – 1920
le mot design en latin traitement dans le domaine domestique
Ce mot vient du latin designare qui signifie marquer d’un signe distinctif. Les mots dérivés sont :
dessein (intention, projet)
dessin (forme, modèle)
Un architecte ne s’occupait pas de l’espace privé, le design se préoccupe de petits objets de la vie de tous les jours qui va amener une manière différente de penser la conception.

Comment construire une théorie de la conception?
Il y a cette propriété de travailler sur le réel et l’imaginaire en même temps. Attention l’imaginaire n’est pas l’anti-thèse mais un second régime de l’accès.
« in connu » différent de incertain (qui est connu, c’est une propriété de l’occurrence) : un objet dont je ne peux pas décrire tout ou partie

Définition de la conception : génération de l’inconnu désiré à partir du connu
L’imaginaire permet de parler de l’inconnu (cf Marcel Duchamps)
Concevoir, c’est donc penser et agir sur des objets inconnus et désirables (en partie), indécidables
exemple : une chaise anti-dépressive

Théorie C/K

Le raisonnement au cœur de la conception est une expansion, qui n’appartient pas à la rationalité (ni une déduction, ni induction). C’est un jeu de l’imaginaire et du connu.
Une expansion, comme on étend le réel.
« Design space » – espace de conception –  est un lieu de discussion entre le réel et l’imaginaire.
La théorie C/K (Concept – imaginaire/Connaissance – Knowledge – réel, ce qui est établi)
Les 2 espaces ne sont pas indépendants, ils se renforcent : plus je brise des portes dans mon imaginaire plus j’enrichis mes connaissances. La puissance d’expansion vient des aller et retour entre K et C.
K to C :from the known to the unknown
C to K :  from the unknown to the known

Pour qu’apparaisse un nouvel objet, il faut 2 choses (conditions nécessaires et non suffisantes) :
– étendre la base des connaissances : quelque chose que vous ne connaissiez pas et que vous avez connu
– il existe au moins un objet dont on a changé la définition
C’est la conjonction des deux qui vont générer l’expansion. Il n’existe pas d’expansion unique (« il n’y a que ça qui existe » n’est pas vrai).

Questions en suspend
– Pour mener ce travail d’aller et retour entre C et K, quelles sont les compétences convoquées ? Quelles sont dans les entreprises mettant en œuvre cette méthode, les personnes, les ressources ? Est ce que tout personne peut appliquer cette méthode. Quel est le groupe ? Qui décide de mettre en place cette méthode?

– Quelles sont les passerelles entre cette théorie et les théories de l’innovation issues du Web?

Si l’on croise avec l’innovation ouverte (cf. Henry Chesbrough, http://fr.wikipedia.org/wiki/Innovation_ouverte ) mais aussi l’innovation bottom up (cf. contribution des personnes, innovation bottom up – cf Von Hippel – http://en.wikipedia.org/wiki/Eric_von_Hippel), comment pourrait-on appliquer cette méthode? Peut elle se faire avec l’extérieur? avec ses utilisateurs, avec ses clients?

Quelques liens (à compléter)

Interview Armand Hatchuel : designing the unknown : http://vimeo.com/11556338

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