Art, design et industrie

L’ambition du design portée par Sophie Pène, la recherche à l’ENSCI et sans doute l’ENSCI en général est de travailler sur les questions « chaudes », les problématiques actuelles de notre société…et donc pas sur la chaise…qui est devenue une question un peu refroidie. Il s’agissait d’une problématique clé dans les années 1880 avec les débuts de l’organisation industrielle du travail et, en parallèle, une volonté de simplifier la vie quotidienne des ménages et des ménagères. Cette mise en perspective du design est clé car elle permet de lui fixer un objectif ambitieux et à la hauteur de ce qu’il peut apporter ; comment répondre à la croissance démographique ? Comment recréer du lien et du mieux vivre ensemble ? Comment répondre aux enjeux écologiques ?

Ces questionnements amènent à intégrer au cœur le design au cœur de la recherche et non à côté ; il s’agit même de faire du design une pratique de recherche. 3 types de projets présentés par Sophie Pène ont illustré ces nouvelles formes de design et les problématiques qu’ils soulèvent :

  1. Le design au cœur de la recherche
  2. Le design pour sauver le monde ?
  3. Design et matière = quels sauts vers l’inconnu ?

 

  1. Le design au cœur de la recherche

Les designers sont habitués à faire des recherches (exploration, rencontres…) mais pas nécessairement de la recherche. L’ENSCI a développé des programmes pour avoir une véritable activité de recherche et/ou s’intégrer au cœur des réflexions de chercheurs. Cette inscription au sein de la recherche amène aussi à changer la pratique du designer…et notamment à dépasser le culte de la fraîcheur et de l’intuition du geste et à l’inciter à réaliser des revues de l’état de l’art et mieux composer avec des connaissances scientifiques qui influeront de toutes façons son travail

  • 15 designers sont ainsi installés au sein du CEA depuis 3 ans et mandatés pour aider des chercheurs en sciences fondamentales sur leurs projets ; l’objectif est de collaborer avec eux pour inventer de nouveaux usages ; ce programme permet de repenser le chaînage habituel : recherche / identification de besoins / développement d’applications pour le marché. Ainsi des chercheurs travaillant sur des nouveaux types de LED rechargeables à l’énergie solaire ont pu identifier des solutions de renouvellement de l’éclairage publique cohérente avec la portée plus réduite de ces LED

  • Par ailleurs, des doctorats sont encadrés par l’ENSCI ; Sophie Pène nous a notamment parlé d’une doctorante, Marie Royer, qui travaille sur les objets prothétiques à l’Institut Gustave Roussi. L’objectif est d’identifier des pistes d’amélioration de l’objet lui-même mais aussi de l’ensemble du système avec la recherche constante d’un arbitrage entre effacer (pour que la maladie ne soit pas présente) et signaler (pour que le patient ait une impression de contrôle et un comportement adapté à son état)

 

  1. Le design pour sauver le monde ?

Une des questions chaudes du moment consiste à trouver des pistes pour permettre à notre société et la planète de survivre. Que peuvent les petites choses du design pour résoudre ces grands problèmes de l’humanité ? Comment utiliser les capacités du designer pour définir des interfaces, des visualisations permettant d’anticiper des solutions encapsulant intelligemment des savoirs techniques et des pratiques sociales en développement ?

L’exemple de la réaction de César Harada avec son projet PROTEI (http://www.cesarharada.com) à la catastrophe écologique de BP au sein du Golfe du Mexique en est une bonne illustration. César Harada s’est en effet saisi d’un problème qui lui est apparu à cette occasion : les bateaux dépollueurs étaient eux-mêmes peu écologiques, coûteux et généraient des maladies pour les marins ; César Harada a donc imaginé un système autoguidé, à voile…avec une communauté internationale à l’appui…et à destination de communautés internationales de veilleurs de catastrophes écologiques, ces veilleurs étant les utilisateurs de PROTEI. Ce projet a été primé et a levé 33 000$ sur kickstarter.

PROTEI s’appuie sur un objet particulier (petit, lent, réplicable, auto-adaptable, couplé à des réseaux sociaux…) mais PROTEI est surtout un ensemble constitué de toute l’énergie mise en œuvre et la documentation open hardware. C’est cet ensemble qui constitue l’objet du design plus que l’objet en lui-même.

  1. Design et matière, quels sauts vers l’inconnu ?

L’innovation serait, selon Sophie Pène, un concept enfermant : demander à quelqu’un d’être innovant suppose que l’on sait ce vers quoi il doit innover. L’analyse de moment clé comme le quattrocento montrerait qu’il faut plutôt raisonner en termes de sauts vers l’inconnu. De basculement, souvent non perçus sur le moment, vers des pratiques nouvelles et non maîtrisées.

L’impression 3D illustre, à plusieurs niveaux, ce changement possible vers des inconnus, de nouvelles relations à la matière, de matérialisation des données en objets voire en système de production. Parmi les projets présentés par Sophie Pène, l’un d’entre eux est particulièrement révélateur sur ces sujets : l’ouverture d’un FabLab au Togo. Cette ouverture s’est matérialisée par la création d’une RepRap locale (imprimante 3D open-source et capable d’imprimer une partie des pièces permettant d’en faire une nouvelle). L’inscription locale de ce projet est particulièrement intéressante : les participants ont décidé d’envoyer des enfants collectés les poches de plastiques d’eau usagées pour les extruder (via une machine réalisée au sein du FabLab) et d’utiliser la matière ainsi produite pour alimenter la RepRap.

2 autres projets, développés à l’ENSCI, sont intéressants à voir sur ce lien entre matières, données et nouvelles formes de production :

 Pour conclure, à l’instar de l’ingénieur, du marketeur…le designer peut / doit ( ?) contribuer à résoudre les questions clés du moment. Comme le montre l’ensemble des objets qui sont aujourd’hui devenus notre quotidien, le fait de contribuer à mettre sur le marché de nouveaux produits / services est une responsabilité forte qui peut s’exercer en dehors des structures existantes (à l’instar des projets présentés au de cette session) ou en collaboration avec elles. A condition de trouver les modalités, les modèles économiques les incitant à s’engager dans ces nouvelles voies plutôt que d’œuvrer au maintien de l’existant.

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2 réponses à Art, design et industrie

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  2. loewy-lalaideursevendmal dit :

    « Pour conclure, à l’instar de l’ingénieur, du marketeur…le designer peut / doit ( ?) contribuer à résoudre les questions clés du moment » » …. le marketeur ? question chaude, le CA, l’epibda, le toujours plus…. le marketing est né de la société de consommation, disparaitra t’il avec sa fin annoncée ?

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