Une culture de la contribution

“Une économie du savoir partagé, de la création de commun est née avec le monde du numérique et cette culture se diffuse aussi à l’économie matérielle”.

“Grâce aux Peer-to-Peer, les contributeurs ont appris à collaborer”.

Michel Bauwens, entretien avec Jade Lindgaard (journaliste)

“L’économie de la contribution – dont on voit se développer depuis près de vingt ans des formes qui restent encore le plus souvent inchoatives, voire embryonnaires, mais qui sont aussi parfois très avancées : ainsi de l’économie de l’open source, qui devient le modèle dominant de l’industrie informatique, celle-ci dominant elle-même l’ensemble de l’industrie –, résulte d’une transformation comportementale induite en très grande partie par le déploiement des réseaux numériques.”

Manifeste d’Ars Industrialis, rédigé par Georges Collins, Marc Crépon, Catherine Perret, Bernard Stiegler, Caroline Stiegler.

Michel Bauwens et Bernard Stiegler (à travers son association Ars Industrialis), deux penseurs et théoriciens du numérique, prônent une transition vers un nouveau modèle émergent, le système contributif, c’est à dire le passage d’un monde concentré à un monde de distribution où le savoir n’est plus « privatisé » mais partagé. Selon eux, ceci est rendu possible notamment par les technologies numériques et par la nouvelle culture qui s’en est dégagé.
Le modèle contributif repose sur une nouvelle organisation du travail qui émane de l’organisation en réseau d’internet ou plus exactement du Web 2.0 et du Peer to Peer.
Pour Michel Bauwens (spécialiste du P2P depuis les années 90), ce système de réseau a permis et appris aux contributeurs à partager et à collaborer et ainsi développer une nouvelle culture.
L’organisation en réseau permet de sortir du cadre spatio temporel habituel. Nous pouvons avoir accès à un grand nombre d’informations et en échanger en retour s’en avoir à se déplacer ni à travailler de manière synchrone. Cela fait de nous autant un émetteur qu’un récepteur. Le système de hiérarchie verticale laisse sa place à un système plus horizontal autour de communauté, où chacun peut collaborer sur des projets communs, l’utiliser, l’enrichir mais jamais se l’approprier de façon définitive. Ces communautés s’enrichissent des contributions faites par chacun selon son vouloir et ses compétences et elles permettent la création de productions évolutives et adaptables dont la qualité dépasse parfois les équivalents construits dans les systèmes classiques (comme c’est le cas par exemple avec le logiciel libre).
Bernard Stiegler estime que cette nouvelle organisation de la société autour de communauté d’amateurs (dans le sens de passionnés) entraîne une dé-prolétarisation des individus, c’est à dire une récupération des savoir faire, des savoir vivre et des savoir théorique à travers la contribution. Contribuer, c’est s’investir dans une communauté, faire des choix, agir en connaissance de cause, et non plus comme un simple exécutant dans un système vertical. Nous devenons donc en quelques sortes plus responsable.

Nous allons essayé de voir quel sont les domaines ou émergent des communautés de contributeur, comment elles s’organisent, qui sont les gens qui les font vivres et les influences qu’elles peuvent avoir dans d’autres champs (espace publique ou la vie juridique par exemple).

L’économie collaborative ou contributive touche aujourd’hui de nombreux secteurs d’activités et pas seulement dans le monde de l’immatériel, Jérémy Rifkin, économiste explique notamment dans son dernier livre (la société du coût marginal zéro) que les différentes formes de contribution ont passé le “firewall” entre le monde virtuel et le monde physique.
Selon lui, à travers l’histoire chaque modèle sociétal est basé sur la convergence de 3 technologies, une technologie de communication, une technologie d’énergie et une technologie de transport. Il prend l’exemple de la première révolution industrielle qui apparaît grâce à l’arrivé simultanée du télégramme, de la locomotive à vapeur, et du charbon à bas prix (grâce à de nouveaux moyens d’extraction). C’est trois technologies ont alors permis la naissance d’un nouveau système d’organisation, l’état nation en charge de surveiller les différents marchés qui eux même avaient évolué en marché ou capital par actions car le prix et l’envergure des infrastructures (réseaux de chemin de fer, poteaux télégraphique…) dépassaient l’échelle humaine. Il confirme que le numérique qui est aujourd’hui surtout présent dans la communication a aussi investit le monde physique, il parle alors d’internet des objets qui est le résultat de la convergence des 3 technologies.
Cette approche nous permet donc d’envisager de trouver les traces d’une culture de contribution aux travers de communautés passionnées dans de nombreux domaines différents, et ne pas seulement rester dans le monde de l’immatériel qui pourrait être pourtant le premier réflexe à avoir.

L’économie de contribution est présente autour du partage de bien de consommation matériel, comme c’est le cas pour le covoiturage par exemple. On partage sa voiture avec d’autre personne le temps d’un trajet. Le covoiturage existe depuis déjà un certain temps grâce à des organisations comme Allostop créée en France en 1958 qui avait pour but d’organiser l’auto-stop. Et c’est grâce à internet que ces organisations ont réellement pu se développer et en voir d’autres émerger, le système de réseau permettant de mettre en contact plus facilement les contributeurs.
Blablacar est l’une de ces plateformes communautaires de covoiturage qui s’est développer grâce à internet en 2004. En 2014, Blablacar réunit 10 millions d’utilisateurs à travers l’Europe.
Au niveau de l’architecture même de la plateforme, il y a un site qui permet à n’importe qui de s’inscrire pour regarder les covoiturages disponibles où en proposer un. Grâce à un système de grade attribué aux inscrits sur le site, en fonction de leur ancienneté, du nombre de covoiturage effectué, des notes attribués, etc…, les personnes les plus actifs sur la plateforme acquière une certaine renommé et aussi une confiance de la part des novices qui vont plus facilement les choisir lors des premiers voyages.
Le site organise aussi pour les personnes les plus « haut gradé » de participer à des rencontres, conférences, avec l’équipe du site et d’autres covoitureurs avertit, et participent au développement (ou une partie) de la plateforme.
D’après des études, la majorité des personnes utilisant les plateformes de convoiturage en France sont des jeunes entre 18 et 35 ans et viennent de toutes les catégories sociales. La plupart du temps pour des aspects pratique ou économique mais aussi parfois pour des questions de convictions personnelles.
Le covoiturage et sa renommée acquise grâce à internet a aussi eu une influence sur l’espace publique avec notamment la création d’air de covoiturage, des endroits prévu pour accueillir ou déposé des covoitureurs et délimités par des panneaux de signalisation. En Amérique du Nord, on trouve aussi près de 4000 km de voies pour les véhicules a occupation multiple comprenant les bus, les taxis et les voitures transportant au minimum 2 personnes.
Le Canada a aussi mis en place le réseau de covoiturage qui permet de centraliser toutes les offres.

Dans un autre domaine, on trouve la communauté de greeters. Ce sont des bénévoles qui accueillent gratuitement des touristes par une rencontre authentique avec un habitant lors d’une balade. Ils montreront et parleront de façon insolite, originale et personnelle de ‘leur’ coin, ‘leur’ quartier, ‘leur’ ville, dont ils sont fiers et passionnées. C’est une forme de tourisme participatif. Les touristes vont voir et participer à la vie locale du lieu visité. Le Greeter va non seulement souligner les lieux intéressant ou inconnus, mais il va aussi parler de la vie de tous les jours et de ses coups de coeur.
La première association de greeters, Big Apple Greeter, est fondée à New York en 1992, appuyé par des politiques New Yorkais qui voulaient améliorer la réputation de la ville qui est alors vu comme « dangereuse, chère et oppressante » en laissant les touristes la voir au travers des yeux de ses résidents. Le phénomène touche aujourd’hui 19 pays.
Toutes ces organisations de Greeters sont fédérées dans le réseau international des greeters (le Gobal Greeters Network). Cette entité va centraliser les différentes communauté autour un site commun (une sorte de moteur de recherche) mais chaque association garde un site sur une adresse indépendante. Et ils vont aussi aider les nouvelles villes ou régions à établir leur propre programme.
Chaque année, les différents adhérents se rassemblent pour débattre des problèmes communs. Leur but est de maintenir une liste de valeurs communes à l’ensemble des organisations de Greeters.
Voici leur Charte
1. Les Greeters sont bénévoles, ils sont un visage ami pour le(s) visiteur(s)
2. Les Greeters accueillent des individuels et des groupes jusqu’à 6 personnes
3. La rencontre avec un Greeter est entièrement gratuite
4. Les Greeters accueillent toute personne, visiteur et bénévole, sans aucune discrimination.
5. Les réseaux de Greeters s’inscrivent dans une démarche de tourisme durable en respectant l’environnement et l’homme. Ils participent à l’enrichissement culturel et économique des communautés locales et contribuent à l’image positive de la destination.
6. Les réseaux de Greeters favorisent l’enrichissement mutuel et les échanges culturels entre individus pour un monde meilleur.

Dans le même esprit, le site CouchSurfing qui est connu pour proposer d’herberger un voyageur dans son « canapé » durant quelques jours, propose aussi de chosir le statut « autour d’un café » qui indique que l’on est disponible quelques heures pour discuter avec des voyageurs, leur montré une partie de la ville, où un lieu en particulier.

La ruche qui dit oui, est une organisationn qui vise à réduire le circuit entre le producteur et le consommateur. Pour cela n’importe qui peut décider d’ouvrir une ruche, une sorte de marché qu’il herbégera chez lui quelques heures par semaine. La communauté gravitant autour d’une ruche va choisir ensemble des produits proposés avec un système de vote. Chaque « abeille » comme ils sont appelés contribue alors à la mise en place de la ruche.
L’organisation offre entre autre une plateforme web interactive qui va aider la communauté à trouver les producteurs.

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