{"id":546,"date":"2013-01-23T22:34:21","date_gmt":"2013-01-23T21:34:21","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.ensci.com\/humanitesnumeriques\/?p=546"},"modified":"2013-01-23T22:38:20","modified_gmt":"2013-01-23T21:38:20","slug":"sur-lia-comme-modelisation-de-lhumain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.ensci.com\/humanitesnumeriques\/2013\/01\/23\/sur-lia-comme-modelisation-de-lhumain\/","title":{"rendered":"Sur l\u2019IA comme mod\u00e9lisation de l\u2019humain"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La recherche autour du th\u00e8me de l\u2019intelligence artificielle, assimil\u00e9e \u00e0 l\u2019informatique, a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e depuis ses d\u00e9buts par des math\u00e9maticiens et informaticiens, par des praticiens de sciences dures. Depuis ses d\u00e9buts ce nouveau domaine de recherche a connu plusieurs th\u00e9oriciens, beaucoup de d\u00e9finitions, ce qui le rend peu cernable. Effectivement il serait difficile de d\u00e9finir en quelques ligne un sujet aussi plein de tensions et de d\u00e9saccords. Il n\u2019y a pas une v\u00e9rit\u00e9 absolue encore dans cette science encore bien jeune. L\u2019\u00e9tude de l\u2019intelligence artificielle (par les sciences dures) est l\u2019h\u00e9ritage d\u2019une longue, tr\u00e8s longue, antique r\u00e9flexion sur la logique, la conscience, l\u2019\u00eatre humain et du d\u00e9veloppement des sciences bien s\u00fbr.\u00a0 L\u2019intelligence artificielle et la philosophie portent sur la connaissance, l\u2019une et l\u2019autre se posent des questions g\u00e9n\u00e9rales sur la structure des connaissances. Bien des philosophes de sont pench\u00e9s sur des questions comme la raison, l\u2019intelligence, les m\u00e9canismes de la connaissances, la machine qu\u2019est l\u2019humain, la conscience\u2026 Descartes, par exemple, d\u00e9gage la notion moderne de l\u2019esprit, Kant aussi reprend certaines de ces th\u00e9matiques dans\u00a0 <i>Critique de la raison pure.<\/i> L\u2019id\u00e9e de machine pensante ou de m\u00e9canisme de l\u2019\u00eatre humain avait toujours \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e comme m\u00e9taphore pour illustrer des th\u00e8ses, elle est d\u00e9sormais une \u00e9ventualit\u00e9, une r\u00e9alit\u00e9 potentielle. L\u2019intelligence artificielle \u00a0est-elle seulement h\u00e9riti\u00e8re de la philosophie, ou soul\u00e8ve-t-elle aussi des nouveaux questionnements, de nouvelles approches de pens\u00e9e\u00a0?<\/p>\n<p>On peut voir les recherches dans le champ de l\u2019intelligence artificielle comme une branche de l\u2019informatique, comme la recherche d\u2019une parfaite simulation de l\u2019intelligence et du savoir. Une science o\u00f9 on part de th\u00e9ories sur ces sujets, \u00e0 la recherche de r\u00e9ponses pratiques, programmes, logiciels, qui ne seront finalement que reflet de ces th\u00e9ories sur l\u2019intelligence. Ou alors consid\u00e9rer l\u2019intelligence artificielle comme une science qui cherche a comprendre les m\u00e9canismes de la connaissance, qui est en permanence en questionnement et o\u00f9 chaque nouvelle r\u00e9ponse apporte une nouvelle question.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le philosophe Hubert L. Dreyfus, qui critique fortement les th\u00e9oriciens de l\u2019intelligence artificielle dans son texte <i>Alchimie et Intelligence Artificielle <\/i>o\u00f9 il \u00e9num\u00e8re les \u00e9checs et d\u00e9ceptions des r\u00e9sultats de la recherche en IA, tient \u00e0 prouver dans son texte le lien \u00e9troit entre l\u2019IA et l\u2019\u00e9tude de la m\u00e9taphysique occidentale. Il pose l\u2019intelligence artificielle \u00e0 une place centrale dans la r\u00e9flexion qui vise \u00e0 saisir l\u2019homme, Dreyfus pr\u00e9sente l\u2019intelligence artificielle comme l\u2019aboutissement\u00a0 mais aussi la fin de 2500 ans de m\u00e9taphysique. En supposant que la r\u00e9ussite de l\u2019un entrainerait l\u2019inutilit\u00e9 de l\u2019autre. Dans ces textes Dreyfus parle de l\u2019intelligence artificielle \u00e0 la fois comme cons\u00e9quence d\u2019une \u00e9tude de l\u2019homme et de l\u2019ontologie occidentale\u00a0 mais aussi comme propulseur de nouvelles id\u00e9es.\u00a0 Il \u00e9tablit une relation de cause \u00e0 effet entre le mode de pens\u00e9 de certains philosophes comme Platon ou Leibniz\u00a0 \u00e0\u00a0 l\u2019approche de Marvin Minsky dans le fait de supposer que le monde et les hommes doivent\u00a0 \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9s sous forme d\u2019un syst\u00e8me de descriptions fortement structur\u00e9, dans lequel les descriptions elles-m\u00eames sont b\u00e2ties \u00e0 partir d\u2019\u00e9l\u00e9ments premiers.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Si r\u00e9ellement nous sommes \u00e0 la veille de cr\u00e9er une intelligence de synth\u00e8se, nous sommes pr\u00e8s d\u2019assister au triomphe d\u2019une conception tr\u00e8s particuli\u00e8re de la raison. De fait, si l\u2019on peut effectivement douer de raison un ordinateur, voil\u00e0 qui viendra confirmer cette conception de l\u2019homme que depuis deux mille ans les penseurs de l\u2019Occident cherchent vainement \u00e0 \u00e9tayer, mais sans avoir pu, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, la formuler ou la soumettre a exp\u00e9rimentation, faute de l\u2019outil dont ils disposent d\u00e9sormais: l\u2019homme per\u00e7u comme objet. Mais si, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019intelligence artificielle se r\u00e9v\u00e8le une chim\u00e8re impossible atteindre, alors nous devrons chercher \u00e0 distinguer la mani\u00e8re dont raisonnent les machines de\u00a0celle dont nous raisonnons, nous. Et cela modifiera radicalement notre perception de nous-m\u00eames. Par cons\u00e9quent, l\u2019heure a donc sonn\u00e9 ou bien d\u2019accorder \u00e0 la tradition philosophique le bien-fond\u00e9 de son intuition centrale, ou bien d\u2019abandonner cette conception de la nature humaine comme une m\u00e9canique, attitude qui s\u2019est progressivement r\u00e9pandue en Occident au cours\u00a0des vingt derniers si\u00e8cles\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">H. L. Dreyfus<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>John Searle, philosophe am\u00e9ricain, d\u00e9finit deux types d\u2019intelligence artificielle, et tout en respectant l\u2019intelligence artificielle faible qui consiste \u00e0 dire que des machines pourraient agir comme si elles \u00e9taient intelligentes, il qualifie d\u2019impossible l\u2019intelligence artificielle forte dit que les machines se comportant ainsi poss\u00e8deraient vraiment une intelligence et non pas seulement une simulation de celle-ci. \u00a0Searle\u00a0 repose son argumentation sur le fait que les ordinateurs n\u2019accomplissent que des op\u00e9rations formellement explicit\u00e9es alors que l\u2019esprit humain ne se r\u00e9sume pas a des processus syntaxiques. Il appui ses propos sur la diff\u00e9rence entre syntaxe et s\u00e9mantique. Il\u00a0\u00a0 maintient que l\u2019esprit humain de par son intentionnalit\u00e9 \u00e0 en plus d\u2019une syntaxe une s\u00e9mantique et r\u00e9duit l\u2019intelligence artificielle\u00a0 a de syst\u00e8mes formel, donc \u00e0 des manipulations syntaxiques. Cela voudrait dire qu\u2019en aucun cas l\u2019intelligence artificielle pourrait pr\u00e9tendre d\u00e9crire l\u2019esprit\u00a0 effectivement en faisant cette distinction le philosophe nie tout int\u00e9r\u00eat ontologique \u00e0 l\u2019intelligence artificielle tout en reconnaissant sa technicit\u00e9 et sa pertinence scientifique. Searle illustre ces propos par une exp\u00e9rience de pens\u00e9e devenue c\u00e9l\u00e8bre aujourd\u2019hui appel\u00e9e la chambre chinoise.<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"The Chinese Room - 60-Second Adventures in Thought (3\/6)\" width=\"584\" height=\"329\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/TryOC83PH1g?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Beaucoup de philosophes se sont aussi positionn\u00e9s pour ou contre l\u2019intelligence artificielle en s\u2019appuyant sur des th\u00e8ses philosophiques pour critiquer la possibilit\u00e9 m\u00eame de l\u2019existence d\u2019une machine pensante. Cela a soulev\u00e9 des questions concr\u00e8tes sur la conscience\u00a0 et \u00a0l\u2019esprit. La conscience est t\u2019elle physique ou immat\u00e9rielle\u00a0? C\u2019est a dire est elle le r\u00e9sultat de courants \u00e9lectriques et n\u2019existerai pas sans un cerveau et donc pourrait \u00eatre reproduite artificiellement\u00a0? Cette id\u00e9e voudrait que les \u00e9tats mentaux d\u00e9pendent d\u2019\u00e9tats physiques. Ou est-elle comme l\u2019a \u00e9crit Descartes un processus sans \u00e9tendue spatiale ni propri\u00e9t\u00e9s mat\u00e9rielles\u00a0? Bien sur il n\u2019y a pas de r\u00e9ponse, mais beaucoup de discussions, surtout sur les m\u00e9canismes de la pens\u00e9e de la conscience et du fonctionnement du cerveau. Descartes\u00a0consid\u00e8re l\u2019intelligence, et la conscience de celle-ci comme \u00e9tant propre a l\u2019Homme. \u00a0Cette question sur la conscience s\u2019\u00e9tend \u00e0 des questions sur l\u2019intuition et les sentiments, est ce que l\u2019homme est double\u00a0? Une partie mat\u00e9rielle et une partie immat\u00e9rielle\u00a0? Et si au lieu de se poser la question de savoir si une intelligence artificielle est possible et d\u2019essayer d\u2019y r\u00e9pondre avec des arguments emprunt\u00e9s a la philosophie on regardait les progr\u00e8s\u00a0 dans cette science en esp\u00e9rant y trouver des r\u00e9ponses \u00e0 des questions pos\u00e9es depuis des si\u00e8cles sur l\u2019\u00e9tude le l\u2019esprit, de l\u2019intelligence et de la conscience humaine? Les r\u00e9sultats de la recherche en intelligence artificielle ne pourrait t\u2019elles pas, dans le futur, ouvrir les portes \u00e0 une connaissances plus pr\u00e9cise de la complexit\u00e9 humaine? Il se pourrait que les contraintes techniques aient engendr\u00e9 un mode d\u2019approche original qui repris sur le plan philosophique serait \u00e0 la source de nouvelles id\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat de savoir si la philosophie et l\u2019intelligence artificielle \u00e9taient li\u00e9es ou\u00a0 si il \u00e9tait pertinent de parler d\u2019une philosophie de l\u2019intelligence artificielle est n\u00e9 aux Etats-Unis. Est-ce que les philosophes ne pr\u00eateraient pas aux th\u00e9oriciens de l\u2019intelligence artificielle des desseins m\u00e9taphysiques qui ne sont pas les leurs\u00a0? Je ne cite ici que deux philosophes et deux approches de l\u2019intelligence artificielle par ce domaine, mais il en existe bien d\u2019autres plus complexes, plus ou moins valides.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Bibliographie\u00a0:<\/p>\n<p>Jean-Gabriel Ganascia<i>, L\u2019\u00e2me-machine<\/i>, les enjeux de l\u2019intelligence artificielle, \u00e9dition du Seuil, janvier 1990.<\/p>\n<p>Jean-Gabriel Ganascia<i>, L\u2019intelligence<\/i> <i>artificielle<\/i>, Flammarion,\u00a0 1993.<\/p>\n<p>Stuart Russel et Peter Norvig, <i>Intelligence Artificielle<\/i>, Pearson \u00e9ducation 3eme \u00e9dition, d\u00e9cembre 2010.<\/p>\n<p>H.L. Dreyfus<i>, Intelligence artificielle\u00a0<\/i>: mythe et limites, Flammarion, 1984.<\/p>\n<p>John R. Searle, <i>Du cerveau au savoir<\/i>, Hermann, 1985.<\/p>\n<p>Marvin Minsky, <i>La soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019esprit<\/i>, Inter\u00c9ditions, 1988.<\/p>\n<p>www.http:\/\/aitopics.org\/<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<a href=\"http:\/\/blog.ensci.com\/humanitesnumeriques\/2013\/01\/23\/sur-lia-comme-modelisation-de-lhumain\/sur-lia-comme-modelisation-de-lhumain-2\/\" rel=\"attachment wp-att-555\">Sur l\u2019IA comme mod\u00e9lisation de l\u2019humain<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; La recherche autour du th\u00e8me de l\u2019intelligence artificielle, assimil\u00e9e \u00e0 l\u2019informatique, a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e depuis ses d\u00e9buts par des math\u00e9maticiens et informaticiens, par des praticiens de sciences dures. 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