{"id":42,"date":"2004-01-13T09:33:13","date_gmt":"2004-01-13T09:33:13","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.ensci.com\/enjeuxusages\/2004\/01\/13\/pourquoi-la-technophobie\/"},"modified":"2010-11-10T08:33:10","modified_gmt":"2010-11-10T08:33:10","slug":"pourquoi-la-technophobie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.ensci.com\/enjeuxusages\/2004\/01\/13\/pourquoi-la-technophobie\/","title":{"rendered":"Pourquoi la \u00ab\u00a0Technophobie\u00a0\u00bb?"},"content":{"rendered":"<p>&#8211; Etymologiquement, technophobie vient de l&rsquo;association de deux termes; technologie et phobie. Si l&rsquo;on ouvre le petit Larousse, on trouve ces deux d\u00e9finitions:<\/p>\n<p>                     -Technologie: nf 1. Etude des outils, machines, techniques utilis\u00e9s dans l&rsquo;industrie. 2. Ensemble de savoirs et de pratiques, fond\u00e9 sur des principes  scientifiques, dans un domaine technique. 3. Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale des techniques.<\/p>\n<p>                     -Phobie: nf ( grec. phobos, effroi) 1. Aversion tr\u00e8s vive; peur instinctive. 2. Psychiatrie. Crainte d\u00e9raisonnable \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;objets, de situations ou de personnes, dont le sujet reconna\u00eet le caract\u00e8re injustifi\u00e9, mais qu&rsquo;il ne peut surmonter.<\/p>\n<p>_ On pourrait donc d\u00e9finir la technophobie comme une peur irraisonn\u00e9e des technologies et particuli\u00e8rement des nouvelles technologies, ce qui nous int\u00e9resse ici.<br \/>\n_ Le terme de technophobe exclut toute raison. Le technophobe serait \u00e0 consid\u00e9rer comme un malade, un \u00eatre en marge, n&rsquo;ob\u00e9issant qu&rsquo;\u00e0 une peur \u00ab\u00a0injustifi\u00e9e\u00a0\u00bb et historique que lui inspire la Technique.<br \/>\n_ Pourtant, aujourd&rsquo;hui, le terme de technophobe est souvent employ\u00e9 pour designer ceux qui ont l&rsquo;audace de mettre en doute et questionner les nouvelles technologies et leurs usages. Il y a une vision tr\u00e8s binaire du probl\u00e8me: technophiles et technophobes, o\u00f9 est l&rsquo;alternative? J&rsquo;appellerai donc ici \u00ab\u00a0technophobe\u00a0\u00bb, toute personne \u00e9mettant des doutes et r\u00e9serves quant aux bienfaits des nouvelles technologies.<br \/>\n_ Si certains \u00e9prouvent devant le d\u00e9veloppement croissant des nouvelles technologies une peur instinctive, d&rsquo;autres la raisonnent. Les peurs g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par celles-ci r\u00e9v\u00e8lent des dangers, certains semblent hypoth\u00e9tiques, d&rsquo;autres bien r\u00e9els. Quels sont ces dangers que les technophobes redoutent tant?   <\/p>\n<p>&#8211; Si l&rsquo; on prend l&rsquo;exemple d&rsquo;Internet, les premiers dangers visibles sont d&rsquo;un ordre tr\u00e8s prosa\u00efque. Mais ils jouent n\u00e9anmoins un r\u00f4le non n\u00e9gligeable dans le refus d&rsquo;utiliser \u00ab\u00a0la toile\u00a0\u00bb en g\u00e9n\u00e9rant de nombreuses petites hantises:<br \/>\n_ Un des risques, est celui li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;usage de la carte bancaire. Introduire son num\u00e9ro, c&rsquo;est le risque de s&rsquo;exposer \u00e0 un fraudeur qui d\u00e9bitera d&rsquo;autant plus ais\u00e9ment votre compte que les tentations d&rsquo;achat sur le Net sont nombreuses et sans r\u00e9el contr\u00f4le.<br \/>\n_  Il y a aussi la crainte d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0tra\u00e7able\u00a0\u00bb dans ses voyages d&rsquo;internaute et devenir une cible pour des agences de publicit\u00e9. Il s&rsquo;agit du \u00ab\u00a0cookie\u00a0\u00bb( petit g\u00e2teau). Envoy\u00e9 par le site auquel vous vous connectez, il enregistre tous vos d\u00e9placements et offre ainsi la possibilit\u00e9 aux publicitaires, par exemple, de dresser votre portrait. Vous devenez  une cible potentielle pour eux, mais aussi pour d&rsquo;autres.<br \/>\n_ Le danger d&rsquo;\u00eatre contamin\u00e9 par un virus comme le tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0I love you\u00a0\u00bb, tr\u00e8s souvent soulign\u00e9 par les d\u00e9tracteurs d&rsquo;Internet est consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des risques majeurs: c&rsquo;est la destruction et l&rsquo;oubli, puisque la m\u00e9moire de l&rsquo;ordinateur ne survivra pas au virus.<br \/>\n_ Ces dangers tangibles que g\u00e9n\u00e9re la possible utilisation du Net ne se distinguent pas de ceux qui touchent d\u00e9j\u00e0 notre vie quotidienne. C&rsquo;est une simple transposition; les risques de fraudes, de braquages, la surveillance t\u00e9l\u00e9phonique, le danger de contamination par contact physique, ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, et ce depuis longtemps, l&rsquo;usage d&rsquo;Internet . Ces dangers ne sont pas nouveaux. Pourtant, ils   posent une autre question, celle d&rsquo;Internet comme lieu d&rsquo; une libert\u00e9 sans limite. Lieu de tous les exc\u00e8s. La prolif\u00e9ration de sites p\u00e9dophiles, de sites n\u00e9o-nazis sont des exemples. D&rsquo;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d'\u00a0\u00bborganiser\u00a0\u00bb Internet, de combler ce vide juridique et de trouver des moyens de contr\u00f4les sans pour autant atteindre \u00e0 la libert\u00e9 individuelle et tomber dans une d\u00e9rive s\u00e9curitaire.<\/p>\n<p>&#8211; Malgr\u00e9 la vision technocentriste de notre soci\u00e9t\u00e9, de nombreuses personnes voient l&rsquo;avenement des nouvelles technologies comme une transgression. Cette vision s&rsquo;explique par le lien entre technique et religion au cours de l&rsquo;histoire.<br \/>\n_ Si l&rsquo;intervention technique met \u00e0 distance la nature, c&rsquo;est pour s&rsquo;en assurer une plus grande ma\u00eetrise. Mais celle ci peut \u00eatre une grave agression et, pour l&rsquo;homme, une transgression. Par exemple, dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s dites \u00ab\u00a0primitives\u00a0\u00bb, la chasse exige toujours d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de rituels visant  \u00e0 se concilier l&rsquo;esprit des esp\u00e8ces animales dont on s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 tuer l&rsquo;un des repr\u00e9sentants. De m\u00eame, la perception des forgerons et des alchimistes comme des individus sacr\u00e9s, \u00e0 la fois respectables et dangereux. Ceux-ci \u00e9tant en contact avec les forces myst\u00e8rieuses du feu et du sol. Il ne faut pas oublier l&rsquo;origine divine et sacril\u00e8ge de la technique, selon le mythe de Prom\u00e9th\u00e9e.<br \/>\nLa mythologie contemporaine montre l&rsquo;effroi technophobe \u00e0 son paroxysme avec le roman de Mary Shelley, \u00ab\u00a0Frankenstein\u00a0\u00bb(1818). Le monstre y symbolise l&rsquo;inqui\u00e9tude d&rsquo;une humanit\u00e9 d\u00e9pass\u00e9e par ses propres r\u00e9alisations techniques, d&rsquo;une technocratie incapable de ma\u00eetriser le produit de ses exp\u00e9riences. Il est vrai que le d\u00e9veloppement des technologies outre celles de l&rsquo;information comme les biotechnologies (clonage, OGM&#8230;), le nucl\u00e9aire&#8230; est loin d&rsquo;\u00eatre rassurant.<br \/>\n_ Mais ce dange est un danger li\u00e9 \u00e0 une croyance. Il est difficilement cr\u00e9dible face aux nouvelles technologies, et a l&rsquo;avancement des techniques dans notre soci\u00e9t\u00e9. Les techniques \u00e9tant \u00e0 l&rsquo;origine de celle ci . Cette peur conduirait \u00e0 la remise en cause de toute technique. Un retour en arri\u00e8re qu&rsquo;il est impossible de faire aujourd&rsquo;hui. Nous avons engag\u00e9 notre histoire \u00e0 celle des technologies, \u00e0 nous d&rsquo;en assumer les choix et les responsabilit\u00e9s en esp\u00e9rant ne pas justifier de telles croyances.<\/p>\n<p>&#8211;  On a vu pr\u00e9c\u00e9demment qu&rsquo; une soci\u00e9t\u00e9 mature doit savoir se passer des mythes pour mieux affronter ses peurs.Mais la soci\u00e9t\u00e9 elle m\u00eame g\u00e9n\u00e8re constamment une mythologie qu&rsquo;il est dangereux d&rsquo;accepter \u00e0 la lettre. Or aujourd&rsquo;hui, que servent les nouvelles technologies de l&rsquo;information sinon un  mythe?<br \/>\n_ Prenons encore l&rsquo;exemple d&rsquo;Internet. La mythologie Internet est, comme toute autre mythologie, une mythologie englobante, destin\u00e9e \u00e0 justifier et \u00e0 transcender le sentiment de d\u00e9possession qui s&#8217;empare d&rsquo;individus fragiles. Elle remonte au mouvement contre-culturel qui s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 dans les ann\u00e9es 60 et qui a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 la contestation estudiantine ainsi que les communaut\u00e9s hippies. Entra\u00eenant une id\u00e9ologie de la rupture avec le vieux monde, de l&rsquo;initiation \u00e0 la vie en communaut\u00e9, du refus de la violence et de l&rsquo;ouverture \u00e0 l&rsquo;amour plan\u00e9taire.On y d\u00e9couvre le monde de l&rsquo;immat\u00e9rialit\u00e9, de l&rsquo;importance du savoir, de l&rsquo;intelligence. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;\u00e9tiquette aujourd&rsquo;hui de \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;information\u00a0\u00bb, ou de \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 du savoir\u00a0\u00bb. C&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e \u00e9mergente que toutes ces technologies vont avoir un impact sur l&rsquo;\u00e9conomie et finalement sur toute la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\n_ Mais la m\u00e9taphore de l&rsquo;internaute comme \u00e9tant un simple neurone, connect\u00e9 avec les milliards de ses semblables formant un \u00ab\u00a0cerveau plan\u00e9taire\u00a0\u00bb, est proche d&rsquo;un totalitarisme inqui\u00e9tant. Clarisse Herrenschmidt l&rsquo;exprime en ces termes: \u00ab\u00a0L&rsquo;Internet diffuse une spiritualit\u00e9 particuli\u00e8re, et l&rsquo;on peut lire souvent, dans des contextes assez diff\u00e9rents, que les internautes vivent une \u00ab\u00a0transcendance horizontale\u00a0\u00bb, typifient une \u00ab\u00a0humanit\u00e9 r\u00e9concili\u00e9e avec elle-m\u00eame\u00a0\u00bb et distribuent \u00e0 leurs contemporains non connect\u00e9s la bonne nouvelle qui les r\u00e9g\u00e9nerera: l&rsquo;unit\u00e9 cosmique de toutes choses avec toutes choses\u00a0\u00bb.<br \/>\n_ On nous serine constamment que nous entrons dans \u00ab\u00a0quelquechose\u00a0\u00bb de radicalement nouveau. Mais ce discours ne nous laisse pas de choix, il s&rsquo;impose comme une \u00e9vidence. Or justement, cela ne va pas de soi. C&rsquo;est pourquoi, commercialement, les nouveaut\u00e9s s&rsquo;accompagnent toujours d&rsquo;un discours. Il faut un r\u00e9cit pour donner sens \u00e0 ces nouvelles technologies. La transformation radicale ne vient pas des nouvelles technologies elles-m\u00eames, mais de leurs promoteurs et de leurs valeurs. On peut parler de manipulation. Nous sommes n\u00e9s consommateurs, dans une soci\u00e9t\u00e9 capitaliste qui valorise en permanence la nouveaut\u00e9. Il est dangereux de ne pas en prendre conscience.<\/p>\n<p>&#8211; Entr\u00e9s dans l&rsquo;\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9 dite de\u00a0\u00bb l&rsquo;information\u00a0\u00bb, peut-on parler \u00e9galement de \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 du savoir\u00a0\u00bb? Avec de nouveaux moyens de stockage ph\u00e9nom\u00e9naux, toute information peut \u00eatre num\u00e9ris\u00e9e, donnant des bases de donn\u00e9es extraordinaires.Bient\u00f4t, nous disposerons \u00ab\u00a0tous\u00a0\u00bb( Je ne parle pas ici de la fracture sociale), avec Internet ou des dispositifs de stockage d&rsquo;information, de l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du savoir du monde. Accessible partout, \u00e0 tout moment: d&rsquo;apr\u00e8s une \u00e9tude de la firme IBM, on rassemblera d&rsquo;ici peu l&rsquo;information contenue dans les 11 millions de volumes inscrits au catalogue des livres et imprim\u00e9s de la Biblioth\u00e8que Nationale de France, sur un carr\u00e9 de 12cm de c\u00f4t\u00e9 et d&rsquo;un dixi\u00e8me de micron d&rsquo;\u00e9paisseur.Mais ces donn\u00e9es fragment\u00e9es, am\u00e9nag\u00e9es, ce n&rsquo;est pas encore du savoir. On l&rsquo;acquiert justement en assimilant des informations, en les retravaillant et en les int\u00e9riorisant.  Le danger serait de croire que l&rsquo;utilisation m\u00eame de ces dispositifs techniques permet de construire le savoir. Sans parler de la pertinence et de la v\u00e9racit\u00e9 des informations que l&rsquo;on trouve sur Internet. Il faut faire usage d&rsquo;une grande prudence dans l&rsquo;utilisation des informations. Ce que les nouvelles technologies n&rsquo;enseignent pas. Cet outil peut amener une forte r\u00e9gression, si il n&rsquo;est pas utilis\u00e9 consciemment.<br \/>\n_ Nous risquons une r\u00e9elle perte de comp\u00e9tence: par exemple, qui calcule encore mentalement de nos jours?<br \/>\n_ D\u00e8s lors, comment imposer \u00e0 un enfant un travail de m\u00e9moire, comme celui d&rsquo; apprendre une po\u00e9sie. L&rsquo;apprentissage risque de devenir obsol\u00e8te et notre intelligence risque de s&rsquo;appauvrir grandement, si l&rsquo;imagination proc\u00e8de comme beaucoup le croient par la recombination d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments anciennement m\u00e9moris\u00e9s.Nous allons vers une lecture binaire de l&rsquo;information: positif-n\u00e9gatif. En perdant le savoir, nous perdons notre autonomie, notre esprit critique. Le troupeau de moutons est fin pr\u00eat.<\/p>\n<p>&#8211; On parle de plus en plus de r\u00e9aliser une \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie \u00e9lectronique\u00a0\u00bb. Les propagandistes de cette d\u00e9mocratie sont parfois des \u00e9lus, responsables de villes qu&rsquo;ils dotent d&rsquo;infrastructures de communication num\u00e9rique.Le libre acc\u00e8s \u00e0 Internet \u00e9tant  pour eux synonyme de libert\u00e9 et d&rsquo;\u00e9galit\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 un espace public num\u00e9ris\u00e9. Nous risquons d&rsquo;aller \u00e0 cette vitesse l\u00e0 vers une d\u00e9mocratie mondiale, les fronti\u00e8res et le temps ne rentrant pratiquement plus en compte sur Internet. Les votes sur Internet seraient directs, sans interm\u00e9diaires,\u00e9loignant la peur de la manipulation et laissant une inqui\u00e9tante transparence s&rsquo;installer.<br \/>\n_ On peut voir d\u00e9j\u00e0 \u00e0 quel point Internet est utilis\u00e9 comme formidable outil de protestation et non de d\u00e9bat, et l&rsquo;on sait combien la tendance syst\u00e9matique \u00e0 protester annonce, souvent, dans l&rsquo;histoire des peuples, celle qui porte \u00e0 acclamer aveugl\u00e9ment. La d\u00e9faite \u00e9tant toujours celle de la r\u00e9flexion.<br \/>\n_ Face aux nouvelles technologies, le danger est celui du conformisme comme l&rsquo;explique G\u00e9rald Berthoud, professeur \u00e0 l&rsquo;Institut d&rsquo;Anthropologie et de Sociologie de l&rsquo;Universit\u00e9 de Lausanne: \u00ab\u00a0Au lieu de parler de soci\u00e9t\u00e9 individualiste, o\u00f9 l&rsquo;individu-roi couronn\u00e9 par le marketing est en fait manipul\u00e9, je pense qu&rsquo;il faudrait parler de soci\u00e9t\u00e9 de con-formisme, au sens o\u00f9 les individus ont l&rsquo;impression de faire leur choix tout en faisant exactement le m\u00eame que le voisin (&#8230; ) Le probl\u00e8me de ce parall\u00e8le, c&rsquo;est que l&rsquo;un des avantages du syst\u00e8me capitaliste est celui de ne pas passer pour ce qu&rsquo;il est. Les gens n&rsquo;ont pas l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre soumis \u00e0 de fortes con-traintes (&#8230;) on ne fait plus tr\u00e8s bien la distinction entre le temps de travail et le temps de loisir, les nuances s&rsquo;estompent, elles deviennent fluides, floues, tout bouge&#8230;\u00a0\u00bb   <\/p>\n<p>&#8211; En \u00e9tudiant les rapports physiques qu&rsquo;instaurent les nouvelles technologies, on peut remarquer qu&rsquo;elles dissipent l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 qui permet \u00e0 chacun de se situer dans un espace d&rsquo;interlocution ou de conflictualit\u00e9 r\u00e9gl\u00e9. L&rsquo;\u00e2ge de la connexion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e est bien celui de la d\u00e9substantialisation, ce que sugg\u00e8re Philippe Breton, \u00e0 la lecture du livre de Norbert Wiener, \u00ab\u00a0Cybern\u00e9tique et soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb: l&rsquo;homme devenu \u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb communiquant n&rsquo;existe plus que dans ses relations avec les autres, \u00ab\u00a0il n&rsquo;est plus en tant qu&rsquo;\u00eatre un centre d&rsquo;o\u00f9 tout part et o\u00f9 tout revient, comme dans les conceptions classiques, mais il repr\u00e9sente un \u00e9l\u00e9ment interm\u00e9diaire du vaste processus de communications crois\u00e9es qui caract\u00e9rise une soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9pourvu de toute int\u00e9riorit\u00e9. La peur n&rsquo;est plus, l&rsquo;homme est num\u00e9ris\u00e9, d\u00e9lest\u00e9 de son interiorit\u00e9 par cette \u00ab\u00a0d\u00e9corporalisation\u00a0\u00bb. Pourquoi?<br \/>\n_ En remontant au 18\u00e8me si\u00e8cle, on remarque que l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;humain est un \u00eatre impr\u00e9visible se d\u00e9veloppe. Pour que la soci\u00e9t\u00e9 soit viable, son comportement doit devenir pr\u00e9visible. Telle serait la raison d&rsquo;\u00eatre du march\u00e9. Or aujourd&rsquo;hui, le dernier \u00e9l\u00e9ment \u00e0 soumettre aux r\u00e8gles du march\u00e9, c&rsquo;est l&rsquo;\u00eatre humain en tant qu&rsquo;\u00eatre biologique et social.<br \/>\n_ Il suffit d&rsquo; observer le langage utilis\u00e9 par les entreprises, pour que cette peur prenne sens: on parle de \u00ab\u00a0ressources humaines\u00a0\u00bb, de num\u00e9ros&#8230;Autant d&rsquo;expressions qui chosifient l&rsquo;homme et qui semblent annoncer une d\u00e9shumanisation de l&rsquo;homme.<br \/>\n_ Les recherches scientifiques abondent dans ce sens: le \u00ab\u00a0pervasing computing\u00a0\u00bb est pr\u00e9vu pour nous pour demain. D\u00e9velopp\u00e9 par des ing\u00e9nieurs du MIT, ce programme vise \u00e0 int\u00e9grer de l&rsquo;intelligence artificielle partout: dans les automobiles, dans les v\u00eatements ( Wearable Computer)&#8230;<br \/>\n_ L&rsquo;homme bionique est \u00e0 l&rsquo;horizon, bref, un homme programm\u00e9, d\u00e9barrass\u00e9 du souci de sa libert\u00e9 et des peurs qu&rsquo;elle implique, d\u00e9shumanis\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; Pour conclure, on peut remarquer que de nombreux dangers sont \u00e0 l&rsquo;origine des peurs de ces \u00ab\u00a0technophobes\u00a0\u00bb. Dangers dangereux pour ceux qui ne les prennent pas en compte.Et si des \u00ab\u00a0technophiles\u00a0\u00bb traitent de \u00ab\u00a0technophobe\u00a0\u00bb toute personne critiquant un tant soit peu les nouvelles technologies, alors nos craintes sont justifi\u00e9es. Il est dommage d&rsquo;avoir invent\u00e9 ce terme \u00ab\u00a0technophobe\u00a0\u00bb, avez -vous d\u00e9j\u00e0 vu une personne prise d&rsquo;une peur hyst\u00e9rique en entendant le mot \u00ab\u00a0Internet\u00a0\u00bb?<br \/>\n\u00ab\u00a0Technophobe\u00a0\u00bb est un terme n\u00e9gatif plongeant les \u00ab\u00a0technoconscients\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0technoprudents\u00a0\u00bb sous de sombres hospices. Veillez \u00e0 ce que que la \u00ab\u00a0Bombe informatique\u00a0\u00bb annonc\u00e9e par Paul Virilio n&rsquo;explose pas! <\/p>\n<p>   _ Un \u00ab\u00a0technoprudent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&#8211;  Bibliographie: <\/p>\n<p>_ \u00ab\u00a0Le culte d&rsquo;Internet\u00a0\u00bb de Philippe Breton.<\/p>\n<p>_ \u00ab\u00a0La bombe informatique\u00a0\u00bb de Paul Virilio.<\/p>\n<p>_ \u00ab\u00a0Les progr\u00e8s de la Peur\u00a0\u00bb sous la direction de Nayla Farouki. <\/p>\n<p>_ \u00ab\u00a0Une soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;information. Parlons plut\u00f4t de soci\u00e9t\u00e9 du conformisme.\u00a0\u00bb Propos de G\u00e9rald Berthoud recueillis par Michel Beuret, journaliste.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8211; Etymologiquement, technophobie vient de l&rsquo;association de deux termes; technologie et phobie. Si l&rsquo;on ouvre le petit Larousse, on trouve ces deux d\u00e9finitions: -Technologie: nf 1. Etude des outils, machines, techniques utilis\u00e9s dans l&rsquo;industrie. 2. Ensemble de savoirs et de &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.ensci.com\/enjeuxusages\/2004\/01\/13\/pourquoi-la-technophobie\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":103,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_links_to":"","_links_to_target":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-42","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-enjeux-et-usages-des-tic-octobre-decembre-2003"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.ensci.com\/enjeuxusages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.ensci.com\/enjeuxusages\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.ensci.com\/enjeuxusages\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.ensci.com\/enjeuxusages\/wp-json\/wp\/v2\/users\/103"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.ensci.com\/enjeuxusages\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=42"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/blog.ensci.com\/enjeuxusages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":140,"href":"https:\/\/blog.ensci.com\/enjeuxusages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42\/revisions\/140"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.ensci.com\/enjeuxusages\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=42"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.ensci.com\/enjeuxusages\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=42"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.ensci.com\/enjeuxusages\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=42"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}