{"id":928,"date":"2014-12-09T12:30:16","date_gmt":"2014-12-09T11:30:16","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.ensci.com\/humanitesnumeriques\/?p=928"},"modified":"2014-12-16T10:43:16","modified_gmt":"2014-12-16T09:43:16","slug":"une-culture-de-la-contribution","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/blog.ensci.com\/humanitesnumeriques\/2014\/12\/09\/une-culture-de-la-contribution\/","title":{"rendered":"Une culture de la contribution"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left\"><strong><em>\u201cUne \u00e9conomie du savoir partag\u00e9, de la cr\u00e9ation de commun est n\u00e9e avec le monde du num\u00e9rique et cette culture se diffuse aussi \u00e0 l\u2019\u00e9conomie mat\u00e9rielle\u201d.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><strong>\u201cGr\u00e2ce aux Peer-to-Peer, les contributeurs ont appris \u00e0 collaborer\u201d.<\/strong><\/p>\n<p><a title=\"Michel Bauwens\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Michel_Bauwens\">Michel Bauwens<\/a>, <a href=\"http:\/\/forumdesdemocrates.over-blog.com\/2014\/10\/transition-energetique-entretien-michel-bauwens-l-hegemonie-du-liberalisme-a-ete-cassee-par-le-numerique-18-octobre-2014-pa.html\">entretien <\/a>avec Jade Lindgaard (journaliste)<\/p>\n<p><em><strong>\u201cL\u2019\u00e9conomie de la contribution \u2013 dont on voit se d\u00e9velopper depuis pr\u00e8s de vingt ans des formes qui restent encore le plus souvent inchoatives, voire embryonnaires, mais qui sont aussi parfois tr\u00e8s avanc\u00e9es : ainsi de l\u2019\u00e9conomie de l\u2019open source, qui devient le mod\u00e8le dominant de l\u2019industrie informatique, celle-ci dominant elle-m\u00eame l\u2019ensemble de l\u2019industrie \u2013, r\u00e9sulte d\u2019une transformation comportementale induite en tr\u00e8s grande partie par le d\u00e9ploiement des r\u00e9seaux num\u00e9riques.\u201d<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Manifeste d\u2019<a href=\"http:\/\/www.arsindustrialis.org\/manifeste-2010\">Ars Industrialis<\/a>, r\u00e9dig\u00e9 par Georges Collins, <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Marc_Cr%C3%A9pon\">Marc Cr\u00e9pon<\/a>, <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Catherine_Perret\">Catherine Perret<\/a>, <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bernard_Stiegler\">Bernard Stiegler<\/a>, Caroline Stiegler.<\/p>\n<p>Michel Bauwens et Bernard Stiegler (\u00e0 travers son association Ars Industrialis), deux penseurs et th\u00e9oriciens du num\u00e9rique, pr\u00f4nent une transition vers un nouveau mod\u00e8le \u00e9mergent, le syst\u00e8me contributif, c&rsquo;est \u00e0 dire le passage d&rsquo;un monde concentr\u00e9 \u00e0 un monde de distribution o\u00f9 le savoir n&rsquo;est plus \u00ab\u00a0privatis\u00e9\u00a0\u00bb mais partag\u00e9. Selon eux, ceci est rendu possible notamment par les technologies num\u00e9riques et par la nouvelle culture qui s&rsquo;en est d\u00e9gag\u00e9.<br \/>\nLe mod\u00e8le contributif repose sur une nouvelle organisation du travail qui \u00e9mane de l&rsquo;organisation en r\u00e9seau d&rsquo;internet ou plus exactement du Web 2.0 et du Peer to Peer.<br \/>\nPour Michel Bauwens (sp\u00e9cialiste du P2P depuis les ann\u00e9es 90), ce syst\u00e8me de r\u00e9seau a permis et appris aux contributeurs \u00e0 partager et \u00e0 collaborer et ainsi d\u00e9velopper une nouvelle culture.<br \/>\nL&rsquo;organisation en r\u00e9seau permet de sortir du cadre spatio temporel habituel. Nous pouvons avoir acc\u00e8s \u00e0 un grand nombre d&rsquo;informations et en \u00e9changer en retour s&rsquo;en avoir \u00e0 se d\u00e9placer ni \u00e0 travailler de mani\u00e8re synchrone. Cela fait de nous autant un \u00e9metteur qu&rsquo;un r\u00e9cepteur. Le syst\u00e8me de hi\u00e9rarchie verticale laisse sa place \u00e0 un syst\u00e8me plus horizontal autour de communaut\u00e9, o\u00f9 chacun peut collaborer sur des projets communs, l&rsquo;utiliser, l&rsquo;enrichir mais jamais se l&rsquo;approprier de fa\u00e7on d\u00e9finitive. Ces communaut\u00e9s s&rsquo;enrichissent des contributions faites par chacun selon son vouloir et ses comp\u00e9tences et elles permettent la cr\u00e9ation de productions \u00e9volutives et adaptables dont la qualit\u00e9 d\u00e9passe parfois les \u00e9quivalents construits dans les syst\u00e8mes classiques (comme c&rsquo;est le cas par exemple avec le logiciel libre).<br \/>\nBernard Stiegler estime que cette nouvelle organisation de la soci\u00e9t\u00e9 autour de communaut\u00e9 d&rsquo;amateurs (dans le sens de passionn\u00e9s) entra\u00eene une d\u00e9-prol\u00e9tarisation des individus, c&rsquo;est \u00e0 dire une r\u00e9cup\u00e9ration des savoir faire, des savoir vivre et des savoir th\u00e9orique \u00e0 travers la contribution. Contribuer, c&rsquo;est s&rsquo;investir dans une communaut\u00e9, faire des choix, agir en connaissance de cause, et non plus comme un simple ex\u00e9cutant dans un syst\u00e8me vertical. Nous devenons donc en quelques sortes plus responsable.<\/p>\n<p>Nous allons essay\u00e9 de voir quel sont les domaines ou \u00e9mergent des communaut\u00e9s de contributeur, comment elles s&rsquo;organisent, qui sont les gens qui les font vivres et les influences qu&rsquo;elles peuvent avoir dans d&rsquo;autres champs (espace publique ou la vie juridique par exemple).<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomie collaborative ou contributive touche aujourd\u2019hui de nombreux secteurs d\u2019activit\u00e9s et pas seulement dans le monde de l\u2019immat\u00e9riel, <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jeremy_Rifkin\">J\u00e9r\u00e9my Rifkin<\/a>, \u00e9conomiste explique notamment dans son dernier livre (<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=XcZLMSpSHpY\">la soci\u00e9t\u00e9 du co\u00fbt marginal z\u00e9ro<\/a>) que les diff\u00e9rentes formes de contribution ont pass\u00e9 le \u201cfirewall\u201d entre le monde virtuel et le monde physique.<br \/>\nSelon lui, \u00e0 travers l\u2019histoire chaque mod\u00e8le soci\u00e9tal est bas\u00e9 sur la convergence de 3 technologies, une technologie de communication, une technologie d\u2019\u00e9nergie et une technologie de transport. Il prend l\u2019exemple de la premi\u00e8re r\u00e9volution industrielle qui appara\u00eet gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019arriv\u00e9 simultan\u00e9e du t\u00e9l\u00e9gramme, de la locomotive \u00e0 vapeur, et du charbon \u00e0 bas prix (gr\u00e2ce \u00e0 de nouveaux moyens d\u2019extraction). C\u2019est trois technologies ont alors permis la naissance d\u2019un nouveau syst\u00e8me d\u2019organisation, l\u2019\u00e9tat nation en charge de surveiller les diff\u00e9rents march\u00e9s qui eux m\u00eame avaient \u00e9volu\u00e9 en march\u00e9 ou capital par actions car le prix et l\u2019envergure des infrastructures (r\u00e9seaux de chemin de fer, poteaux t\u00e9l\u00e9graphique\u2026) d\u00e9passaient l\u2019\u00e9chelle humaine. Il confirme que le num\u00e9rique qui est aujourd\u2019hui surtout pr\u00e9sent dans la communication a aussi investit le monde physique, il parle alors d\u2019internet des objets qui est le r\u00e9sultat de la convergence des 3 technologies.<br \/>\nCette approche nous permet donc d&rsquo;envisager de trouver les traces d&rsquo;une culture de contribution aux travers de communaut\u00e9s passionn\u00e9es dans de nombreux domaines diff\u00e9rents, et ne pas seulement rester dans le monde de l&rsquo;immat\u00e9riel qui pourrait \u00eatre pourtant le premier r\u00e9flexe \u00e0 avoir.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9conomie de contribution est pr\u00e9sente autour du partage de bien de consommation mat\u00e9riel, comme c&rsquo;est le cas pour le covoiturage par exemple. On partage sa voiture avec d&rsquo;autre personne le temps d&rsquo;un trajet. Le covoiturage existe depuis d\u00e9j\u00e0 un certain temps gr\u00e2ce \u00e0 des organisations comme Allostop cr\u00e9\u00e9e en France en 1958 qui avait pour but d&rsquo;organiser l&rsquo;auto-stop. Et c&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 internet que ces organisations ont r\u00e9ellement pu se d\u00e9velopper et en voir d&rsquo;autres \u00e9merger, le syst\u00e8me de r\u00e9seau permettant de mettre en contact plus facilement les contributeurs.<br \/>\nBlablacar est l&rsquo;une de ces plateformes communautaires de covoiturage qui s&rsquo;est d\u00e9velopper gr\u00e2ce \u00e0 internet en 2004. En 2014, Blablacar r\u00e9unit 10 millions d&rsquo;utilisateurs \u00e0 travers l&rsquo;Europe.<br \/>\nAu niveau de l&rsquo;architecture m\u00eame de la plateforme, il y a un site qui permet \u00e0 n&rsquo;importe qui de s&rsquo;inscrire pour regarder les covoiturages disponibles o\u00f9 en proposer un. Gr\u00e2ce \u00e0 un syst\u00e8me de grade attribu\u00e9 aux inscrits sur le site, en fonction de leur anciennet\u00e9, du nombre de covoiturage effectu\u00e9, des notes attribu\u00e9s, etc\u2026, les personnes les plus actifs sur la plateforme acqui\u00e8re une certaine renomm\u00e9 et aussi une confiance de la part des novices qui vont plus facilement les choisir lors des premiers voyages.<br \/>\nLe site organise aussi pour les personnes les plus \u00ab\u00a0haut grad\u00e9\u00a0\u00bb de participer \u00e0 des rencontres, conf\u00e9rences, avec l&rsquo;\u00e9quipe du site et d&rsquo;autres covoitureurs avertit, et participent au d\u00e9veloppement (ou une partie) de la plateforme.<br \/>\nD&rsquo;apr\u00e8s des \u00e9tudes, la majorit\u00e9 des personnes utilisant les plateformes de convoiturage en France sont des jeunes entre 18 et 35 ans et viennent de toutes les cat\u00e9gories sociales. La plupart du temps pour des aspects pratique ou \u00e9conomique mais aussi parfois pour des questions de convictions personnelles.<br \/>\nLe covoiturage et sa renomm\u00e9e acquise gr\u00e2ce \u00e0 internet a aussi eu une influence sur l&rsquo;espace publique avec notamment la cr\u00e9ation d&rsquo;air de covoiturage, des endroits pr\u00e9vu pour accueillir ou d\u00e9pos\u00e9 des covoitureurs et d\u00e9limit\u00e9s par des panneaux de signalisation. En Am\u00e9rique du Nord, on trouve aussi pr\u00e8s de 4000 km de voies pour les v\u00e9hicules a occupation multiple comprenant les bus, les taxis et les voitures transportant au minimum 2 personnes.<br \/>\nLe Canada a aussi mis en place le r\u00e9seau de covoiturage qui permet de centraliser toutes les offres.<\/p>\n<p>Dans un autre domaine, on trouve la communaut\u00e9 de greeters. Ce sont des b\u00e9n\u00e9voles qui accueillent gratuitement des touristes par une rencontre authentique avec un habitant lors d&rsquo;une balade. Ils montreront et parleront de fa\u00e7on insolite, originale et personnelle de &lsquo;leur&rsquo; coin, &lsquo;leur&rsquo; quartier, &lsquo;leur&rsquo; ville, dont ils sont fiers et passionn\u00e9es. C&rsquo;est une forme de tourisme participatif. Les touristes vont voir et participer \u00e0 la vie locale du lieu visit\u00e9. Le Greeter va non seulement souligner les lieux int\u00e9ressant ou inconnus, mais il va aussi parler de la vie de tous les jours et de ses coups de coeur.<br \/>\nLa premi\u00e8re association de greeters, Big Apple Greeter, est fond\u00e9e \u00e0 New York en 1992, appuy\u00e9 par des politiques New Yorkais qui voulaient am\u00e9liorer la r\u00e9putation de la ville qui est alors vu comme \u00ab\u00a0dangereuse, ch\u00e8re et oppressante\u00a0\u00bb en laissant les touristes la voir au travers des yeux de ses r\u00e9sidents. Le ph\u00e9nom\u00e8ne touche aujourd&rsquo;hui 19 pays.<br \/>\nToutes ces organisations de Greeters sont f\u00e9d\u00e9r\u00e9es dans le r\u00e9seau international des greeters (le Gobal Greeters Network). Cette entit\u00e9 va centraliser les diff\u00e9rentes communaut\u00e9 autour un site commun (une sorte de moteur de recherche) mais chaque association garde un site sur une adresse ind\u00e9pendante. Et ils vont aussi aider les nouvelles villes ou r\u00e9gions \u00e0 \u00e9tablir leur propre programme.<br \/>\nChaque ann\u00e9e, les diff\u00e9rents adh\u00e9rents se rassemblent pour d\u00e9battre des probl\u00e8mes communs. Leur but est de maintenir une liste de valeurs communes \u00e0 l&rsquo;ensemble des organisations de Greeters.<br \/>\nVoici leur Charte<br \/>\n1. Les Greeters sont b\u00e9n\u00e9voles, ils sont un visage ami pour le(s) visiteur(s)<br \/>\n2. Les Greeters accueillent des individuels et des groupes jusqu\u2019\u00e0 6 personnes<br \/>\n3. La rencontre avec un Greeter est enti\u00e8rement gratuite<br \/>\n4. Les Greeters accueillent toute personne, visiteur et b\u00e9n\u00e9vole, sans aucune discrimination.<br \/>\n5. Les r\u00e9seaux de Greeters s\u2019inscrivent dans une d\u00e9marche de tourisme durable en respectant l\u2019environnement et l\u2019homme. Ils participent \u00e0 l\u2019enrichissement culturel et \u00e9conomique des communaut\u00e9s locales et contribuent \u00e0 l\u2019image positive de la destination.<br \/>\n6. Les r\u00e9seaux de Greeters favorisent l\u2019enrichissement mutuel et les \u00e9changes culturels entre individus pour un monde meilleur.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame esprit, le site CouchSurfing qui est connu pour proposer d&rsquo;herberger un voyageur dans son \u00ab\u00a0canap\u00e9\u00a0\u00bb durant quelques jours, propose aussi de chosir le statut \u00ab\u00a0autour d&rsquo;un caf\u00e9\u00a0\u00bb qui indique que l&rsquo;on est disponible quelques heures pour discuter avec des voyageurs, leur montr\u00e9 une partie de la ville, o\u00f9 un lieu en particulier.<\/p>\n<p>La ruche qui dit oui, est une organisationn qui vise \u00e0 r\u00e9duire le circuit entre le producteur et le consommateur. Pour cela n&rsquo;importe qui peut d\u00e9cider d&rsquo;ouvrir une ruche, une sorte de march\u00e9 qu&rsquo;il herb\u00e9gera chez lui quelques heures par semaine. La communaut\u00e9 gravitant autour d&rsquo;une ruche va choisir ensemble des produits propos\u00e9s avec un syst\u00e8me de vote. Chaque \u00ab\u00a0abeille\u00a0\u00bb comme ils sont appel\u00e9s contribue alors \u00e0 la mise en place de la ruche.<br \/>\nL&rsquo;organisation offre entre autre une plateforme web interactive qui va aider la communaut\u00e9 \u00e0 trouver les producteurs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u201cUne \u00e9conomie du savoir partag\u00e9, de la cr\u00e9ation de commun est n\u00e9e avec le monde du num\u00e9rique et cette culture se diffuse aussi \u00e0 l\u2019\u00e9conomie mat\u00e9rielle\u201d. \u201cGr\u00e2ce aux Peer-to-Peer, les contributeurs ont appris \u00e0 collaborer\u201d. 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