{"id":704,"date":"2013-03-12T14:03:58","date_gmt":"2013-03-12T13:03:58","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.ensci.com\/humanitesnumeriques\/?p=704"},"modified":"2013-03-12T14:07:21","modified_gmt":"2013-03-12T13:07:21","slug":"technologies-numeriques-et-connaissance","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/blog.ensci.com\/humanitesnumeriques\/2013\/03\/12\/technologies-numeriques-et-connaissance\/","title":{"rendered":"Technologies num\u00e9riques et connaissance"},"content":{"rendered":"<p>Quelles relations entre la grammaire num\u00e9rique et les contenus (images, sons, textes) auxquels ces technologies nous donnent acc\u00e8s ? Quelle modification de nos usages d\u2019int\u00e9gration des connaissances cette grammaire num\u00e9rique implique-t-elle ? Les outils que le num\u00e9rique met \u00e0 notre disposition pour mettre en forme comme pour transmettre toutes sortes de contenus culturels les remod\u00e8lent furtivement, sans que nous en ayons totalement conscience. Si aucune technique ne peut se vanter d\u2019\u00eatre vraiment neutre, il est \u00e0 noter que les technologies num\u00e9riques ont la particularit\u00e9 de permettre de tout produire (images, textes et sons), rassembler, repr\u00e9senter et transmettre sur un m\u00eame support. Mais cette unification des m\u00e9dia en un seul ne gomme-t-elle pas les particularit\u00e9s de chacun ? Cette utilisation de plus en plus syst\u00e9matique du num\u00e9rique comme moyen de culture de l\u2019esprit est-elle justifi\u00e9e, \u00e0 partir du moment o\u00f9 il n\u2019a pas principalement \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 pour cela ?<\/p>\n<p>Voici r\u00e9unis des articles, vid\u00e9os de conf\u00e9rences, r\u00e9f\u00e9rences de livres, qui donnent diff\u00e9rents \u00e9clairages sur cette question du croisement entre technique et connaissance. Les deux premiers nous rappellent que la technique ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un outil neutre, silencieusement asservi \u00e0 la volont\u00e9 de son utilisateur humain. Cette vid\u00e9o de Delphine Gardey lors d\u2019un colloque donne un aper\u00e7u de son travail historique sur l\u2019\u00e9volution des techniques d\u2019\u00e9criture et de classement, et la fa\u00e7on dont celles-ci ont impliqu\u00e9 diff\u00e9rents mode de pens\u00e9e. (1)<\/p>\n<p>Le second est un article s\u2019intitulant <i>\u00abPrendre le pli des techniques\u00bb, <\/i>il est du philosophe Bruno Latour. Celui-ci revient sur la notion de mode d\u2019existence de l\u2019objet technique, introduite dans la pens\u00e9e des techniques par Gilbert Simondon. (2)<\/p>\n<p>Avec le num\u00e9rique, nous parlons d\u2019une technique tr\u00e8s diverse, aux multiples visages.Toutefois la grammaire codificatrice qui le fonde soul\u00e8ve des questionnements quant \u00e0 notre emprise sur les dispositifs qu\u2019il met en place. Des articles d\u2019Internet.actu interrogent la pertinence des algorithmes, et l\u2019autonomie de notre jugement face \u00e0 la technologie. (3)<\/p>\n<p>D\u2019autre part, malgr\u00e9 la richesse certaine des informations qui sont mises \u00e0 notre disposition, leur prolif\u00e9ration est loin d\u2019\u00eatre synonyme de facilit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s, dans le sens o\u00f9 leur int\u00e9gration n\u2019en est pas plus ais\u00e9e, bien au contraire. Dans son livre intitul\u00e9 L\u2019Avenir des humanit\u00e9s,Yves Citton, th\u00e9oricien et professeur de litt\u00e9rature, montre la n\u00e9cessit\u00e9 de passer d\u2019une \u00e9conomie de la culture \u00e0 une culture de l\u2019interpr\u00e9tation. (4)<\/p>\n<p>Alain Giffard, quant \u00e0 lui, nous propose une approche originale du probl\u00e8me en analysant l\u2019exemple plus pr\u00e9cis de la lecture num\u00e9rique. Il met en \u00e9vidence les cons\u00e9quences que cette nouvelle technologie de lecture a sur notre fa\u00e7on d\u2019aborder la connaissance. De nombreux articles \u00e0 ce sujet sont disponibles sur son blog, en voici une petite s\u00e9lection. (5)<\/p>\n<p>Cette approche \u00e0 la fois historique et observatrice des pratiques et usages contemporains offre un tr\u00e8s bon exemple pour illustrer et approfondir les probl\u00e9matiques que nous avons \u00e9voqu\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/xctdr0_delphine-gardey-fr_creation#.UTdY4GDHq4c\">(1) Delphine Gardey, colloque sur Ecrire, penser, classer<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.bruno-latour.fr\/sites\/default\/files\/122-LICOPPE-PLI-TECH-FR.pdf\">(2) Bruno Latour, \u00abPrendre le pli des techniques\u00bb<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.internetactu.net\/2012\/09\/19\/sommes-nous-encore-autonomes\/\">(3) Internetactu: Sommes-nous encore autonomes? (19\/09\/2012)<\/a>,\u00a0<a href=\"http:\/\/www.internetactu.net\/2012\/11\/29\/la-pertinence-des-algorithmes\/\">La pertinence des algorithmes (29\/11\/2012)<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.franceculture.fr\/emission-la-fabrique-de-l-humain-la-fabrique-de-l-humain-2010-09-16.html\">(4) France Culture: Interview d\u2019Yves Citton sur L\u2019Avenir des Humanit\u00e9s<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/alaingiffard.blogs.com\/culture\/des-lectures-industrielles\/\">(5) Alain Giffard: \u00abDes lectures industrielles\u00bb<\/a>,\u00a0<a href=\"http:\/\/alaingiffard.blogs.com\/culture\/2007\/12\/subjectivits-nu.html\">\u00abSubjectivit\u00e9s num\u00e9riques, lectures industrielles\u00bb<\/a>,\u00a0<a href=\"http:\/\/alaingiffard.blogs.com\/culture\/lecture_mmoire_bibliothque_lecture_numrique\/\">\u00abLecture num\u00e9rique et culture \u00e9crite\u00bb<\/a>,\u00a0<a href=\"http:\/\/alaingiffard.blogs.com\/culture\/2004\/06\/le_clou_et_la_c.html\">\u00abLe clou et la cl\u00e9\u00bb<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"http:\/\/blog.ensci.com\/humanitesnumeriques\/files\/2013\/03\/Sch\u00e9ma-fini.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-709  aligncenter\" title=\"Lecture num\u00e9rique : nouveaux savoirs nouvelles ignorances\" alt=\"\" src=\"http:\/\/blog.ensci.com\/humanitesnumeriques\/files\/2013\/03\/Sch\u00e9ma-fini-212x300.jpg\" width=\"212\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/blog.ensci.com\/humanitesnumeriques\/files\/2013\/03\/Sch\u00e9ma-fini-212x300.jpg 212w, http:\/\/blog.ensci.com\/humanitesnumeriques\/files\/2013\/03\/Sch\u00e9ma-fini-723x1024.jpg 723w\" sizes=\"auto, (max-width: 212px) 100vw, 212px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\"><strong>Nouveaux savoirs, nouvelles ignorances : l\u2019exemple de la lecture num\u00e9rique<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\"><i>Article par Alain Giffard Intervention \u00e0 la r\u00e9union du comit\u00e9 des relations internationales scientifiques et techniques de l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences. (20\/11\/2006) Certains passages issus d\u2019un article intitul\u00e9 \u00abla lecture num\u00e9rique, une activit\u00e9 m\u00e9connue\u00bb (paru dans la revue du syndicat des librairies). Document t\u00e9l\u00e9charg\u00e9 depuis : http:\/\/alaingiffard.blogs.com\/culture\/2006\/11\/nouveaux_savoir.html<\/i><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">\u00abComme l\u2019intitul\u00e9 de notre r\u00e9union l\u2019indique, les technologies de l\u2019information et de la communication interf\u00e8rent avec la diffusion du savoir scientifique, et d\u2019ailleurs aussi, au moins pour partie, avec leur production.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">Une de ces interf\u00e9rences est le croisement entre la diffusion de l\u2019information et du savoir scientifique, et, pr\u00e9cis\u00e9ment les nouveaux savoirs caract\u00e9ristiques des usages du num\u00e9rique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">Ces nouveaux savoirs sont essentiellement des savoir- faire. Et ils entretiennent des relations complexes, ambigu\u00ebs, non seulement avec la culture scientifique et ses propres savoir-faire, mais aussi avec d\u2019autres savoir- faire g\u00e9n\u00e9riques, culturels au sens large (&#8230;).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">Je vous propose de nous concentrer sur un exemple (&#8230;): le savoir lire, autour de l\u2019exemple de la lecture num\u00e9rique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\"><strong>Codification de la connaissance <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">Mais, au pr\u00e9alable, je voudrais souligner la principale caract\u00e9ristique de ces nouveaux savoirs (pr\u00e9cis\u00e9ment en tant que savoir-faire) : ils reposent sur une codification de la connaissance port\u00e9e par les technologies de l\u2019information. La codification de la connaissance, en g\u00e9n\u00e9ral, convertit la connaissance en un contenu reproductible, par exemple un manuel imprim\u00e9, ou un programme informatique. Elle permet classiquement de stocker la connaissance \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, d\u2019ext\u00e9rioriser la m\u00e9moire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">Elle suppose trois composantes : un langage qui peut s\u2019appliquer \u00e0 diverses connaissances, du vocabulaire technique \u00e0 l\u2019intelligence artificielle ; une mod\u00e9lisation qui est l\u2019application sp\u00e9cifique de ce langage \u00e0 la connaissance vis\u00e9e, du trait\u00e9 de grammaire au moteur de recherche ; un support technique qui assure la conservation et la reproductibilit\u00e9 du produit de la mod\u00e9lisation, du rouleau de papyrus au num\u00e9rique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">Les technologies de l\u2019information jouent selon diff\u00e9rentes directions. Elles disposent d\u2019un langage qui permet de simplifier la codification des connaissances \u00abfactuelles\u00bb, \u00ab\u00e9l\u00e9mentaires\u00bb et, en m\u00eame temps, elles poursuivent, avec l\u2019intelligence artificielle, l\u2019objectif de mod\u00e9liser des connaissances complexes. La num\u00e9risation garantir l\u2019ext\u00e9riorisation de la connaissance sur diff\u00e9rents supports, et, en m\u00eame temps, elle impose une codification minimale. Un exemple pour illustrer cette notion de codification des savoirs : la Soci\u00e9t\u00e9 Boeing, qui avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine d\u2019un premier langage de description des documents (GML), a ensuite d\u00e9velopp\u00e9 des logiciels d\u2019aide \u00e0 la maintenance des avions s\u2019appuyant sur la documentation technique au format SGML ; elle s\u2019int\u00e9resse aujourd\u2019hui \u00e0 la codification de la formation \u00e0 la maintenance. On a l\u00e0, je crois, un exemple de la mont\u00e9e de la codification de l\u2019information \u00e0 la connaissance. Il faut pr\u00e9ciser que le seul transfert sur un nouveau support n\u2019entra\u00eene pas une nouvelle codification de la connaissance, mais une simple codification de l\u2019information selon les normes du nouveau support. Un trait\u00e9 de grammaire, codex manuscrit ou livre imprim\u00e9, repr\u00e9sente une certaine codification du savoir du grammairien. La seule num\u00e9risation du livre ne cr\u00e9e pas une nouvelle codification du savoir : pour cela, il faudra r\u00e9aliser, dans l\u2019ordre de l\u2019informatique, l\u2019\u00e9quivalent du travail de codification dans l\u2019ordre de l\u2019\u00e9crit imprim\u00e9. C\u2019est tout le probl\u00e8me de l\u2019usage des technologies de l\u2019information dans l\u2019enseignement.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\"><strong>Lecture num\u00e9rique, un nouveau savoir ? <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">J\u2019emploie la notion de lecture num\u00e9rique pour la distinguer de la lecture \u00e0 l\u2019\u00e9cran, afin de rendre compte pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019id\u00e9e d\u2019un nouveau savoir faisant appel \u00e0 la codification. (&#8230;) La lecture num\u00e9rique a affaire aux sp\u00e9cificit\u00e9s du texte num\u00e9rique, ce \u00e0 quoi renvoie la notion d\u2019hypertexte, et elle met en \u0153uvre un nouveau savoir, une technologie propre de lecture reposant sur la codification du savoir-lire. (&#8230;)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">Six activit\u00e9s permettent de d\u00e9crire le savoir en \u0153uvre dans la lecture num\u00e9rique : navigation, marquage, copie, prospection, structuration, annotation (2). Je laisse pour la fin la navigation.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">&#8211; Le marquage de lecture est effectu\u00e9 \u00e0 travers les signets ou marque-pages. (&#8230;) Le marquage par les signets permet de s\u00e9lectionner des sites, et de les r\u00e9server soit en vue d\u2019une future lecture, soit pour pr\u00e9parer certains traitements ult\u00e9rieurs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">&#8211; La copie num\u00e9rique, particuli\u00e8rement facile et puissante, est partout : pour t\u00e9l\u00e9charger, enregistrer, imprimer, ou adresser. La lecture num\u00e9rique s\u2019accompagne d\u2019une prolif\u00e9ration des copies \u00e0 laquelle nous avions \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9s par la photocopie. Ces copies num\u00e9riques ne sont rien d\u2019autre que des versions de lecture : il faut adapter le format et la lisibilit\u00e9, s\u00e9lectionner, enregistrer, constituer la biblioth\u00e8que num\u00e9rique personnelle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">&#8211; La prospection consiste \u00e0 appliquer au texte des op\u00e9rations de traitement automatis\u00e9es ou semi- automatis\u00e9es d\u2019ordre logico-linguistique. Le grand public utilise surtout les moteurs de recherche et les aides \u00e0 la traduction. Un point important pour la lecture est l\u2019int\u00e9gration de ces outils de prospection au poste de travail personnel.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">&#8211; La structuration, c\u2019est la m\u00e9moire. Comme tout lecteur, le lecteur num\u00e9rique veut garder une trace de ses lectures et pouvoir se livrer ult\u00e9rieurement \u00e0 une rem\u00e9moration. Apr\u00e8s les moyens d\u00e9j\u00e0 bien \u00e9tablis des listes de liens class\u00e9s et des dossiers, des logiciels Web 2.0 proposent des interface d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019internet qui permettent de classer les textes re\u00e7us automatiquement ou recherch\u00e9s (3).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">&#8211; L\u2019annotation est l\u2019op\u00e9ration qui permet de soutenir une future lecture, ou d\u2019associer un commentaire au texte. La publication d\u2019annotations est tr\u00e8s r\u00e9pandue sur les blogs : soit directement (c\u2019est le sens original de la notion de web-log, journal de lecture du web), soit indirectement \u00e0 travers les commentaires d\u00e9pos\u00e9s sur les articles.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">Le lecteur partage ses propres rep\u00e8res, soit en dressant une liste (roll) de liens sur son blog, soit en participant \u00e0 une indexation collective et publique (tags). Il a d\u2019ailleurs la possibilit\u00e9 de mettre en circulation, directement, les textes qui l\u2019int\u00e9ressent (RSS). Finalement les blogs peuvent \u00eatre analys\u00e9s comme une grande proc\u00e9dure de publication de lectures. Ainsi le lecteur est constamment engag\u00e9 dans une sorte de lecture collaborative, qui non seulement conditionne le succ\u00e8s de la sienne, mais est au fondement m\u00eame du fonctionnement du web.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">Si le web est devenu aussi facilement un nouvel espace public pour la lecture, c\u2019est qu\u2019il est fondamentalement non seulement un r\u00e9seau de textes, un type de litt\u00e9ralit\u00e9 num\u00e9rique, mais aussi un r\u00e9seau technique de lectures : la navigation repose fondamentalement sur le lien hypertextuel, qui n\u2019est rien d\u2019autre, de ce point de vue, qu\u2019un dispositif technique de lecture.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\"><strong>Naviguer, est-ce lire ? <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">(&#8230;) Partons d\u2019un fait d\u2019exp\u00e9rience facile \u00e0 observer : le recours \u00e0 l\u2019imprimante. Le lecteur suspend son activit\u00e9 de recherche, de navigation, de consultation ; il lance l\u2019impression de la note, de l\u2019article, a fortiori du rapport ou de l\u2019\u00e9tude, et poursuit sa lecture sur des feuilles de papier imprim\u00e9es. Il faut donc supposer que la fatigue visuelle et cognitive de la lecture \u00e0 l\u2019\u00e9cran est plus importante dans le cas d\u2019une lecture soutenue ou approfondie. Certaines \u00e9tudes sur le sujet (4) constatent d\u2019ailleurs une r\u00e9duction de la lecture approfondie en environnement num\u00e9rique. Or cette lecture soutenue est la forme mat\u00e9rielle de la lecture d\u2019\u00e9tude qui s\u2019est construite , pour l\u2019Occident, autour du lien \u00e9tabli, depuis le XII\u00e8me si\u00e8cle, entre lectio et meditatio.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">La lecture num\u00e9rique excelle pour la lecture d\u2019information et la lecture d\u2019exploration, ce \u00e0 quoi correspond la notion de navigation ; elle achoppe sur la lecture d\u2019\u00e9tude. (&#8230;) Parler d\u2019une lecture d\u2019\u00e9tude num\u00e9rique, c\u2019est viser une lecture qui tirerait le plus grand parti du potentiel num\u00e9rique du texte pour un travail d\u2019\u00e9tude, ce qu\u2019on appelle l\u2019hypertexte, c\u2019est \u00e0 dire une lecture qui s\u2019appuierait sur une profusion presque infinie d\u2019entr\u00e9es et de chemins. (&#8230;) Pour le moment, alors que la lecture d\u2019information dispose d\u2019une base num\u00e9rique assez compl\u00e8te, la lecture d\u2019\u00e9tude reste, dans le meilleur des cas, une lecture assist\u00e9e par l\u2019ordinateur et l\u2019internet, un processus hybride qui alterne les op\u00e9rations de traitement informatique et les phases de r\u00e9flexion approfondie \u00e0 partir du papier. Une autre solution est \u00e9videmment concevable : celle qui verrait le d\u00e9veloppement de logiciels de lecture num\u00e9rique respectant \u00e0 la fois la richesse du potentiel num\u00e9rique, la logique des savoirs li\u00e9s aux diff\u00e9rentes lectures (information, \u00e9tude), et la possibilit\u00e9 pratique d\u2019articuler selon diff\u00e9rentes strat\u00e9gies de lecture les fonctions que j\u2019ai rapidement mentionn\u00e9es (7).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\"><strong>Ignorances assist\u00e9es par ordinateur ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">(&#8230;) Les lecteurs confirm\u00e9s n\u2019ont pas de difficult\u00e9s \u00e0 ma\u00eetriser le caract\u00e8re hybride de la lecture d\u2019\u00e9tude num\u00e9rique. Ils ne confondent pas information et connaissance ; ils ont appris \u00e0 suspendre la navigation pour mieux se concentrer ; ils jonglent avec les formats, s\u2019ils estiment n\u00e9cessaire de compl\u00e9ter leur travail par une prospection informatique du texte, ou plus simplement pour conserver leurs annotations. Mais la situation est bien diff\u00e9rente pour le lecteur d\u00e9butant ou peu exp\u00e9riment\u00e9, qu\u2019il s\u2019agisse de sa comp\u00e9tence de lecture en g\u00e9n\u00e9ral, ou de sa ma\u00eetrise de la technique. Ici les risques de d\u00e9sorientation sont grands : on navigue sur la toile, rebondissant d\u2019information en information, et on croit lire. Ce risque est renforc\u00e9 par le fait que l\u2019ing\u00e9nierie de la lecture d\u2019information ne correspond nullement \u00e0 un savoir de d\u00e9butant. Les moteurs de recherche, par exemple, sont une combinaison assez complexe d\u2019indexation int\u00e9grale, et d\u2019utilisation des liens hypertextuels pour produire un classement qui figure la pertinence des r\u00e9sultats.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">Autrement dit le lecteur d\u00e9butant est dans une posture de simulation d\u00e9cal\u00e9e puisqu\u2019il met en \u0153uvre des traitements automatis\u00e9s correspondant \u00e0 une comp\u00e9tence de lecture qu\u2019il ne poss\u00e8de pas. Le risque de mauvaise lecture ne tient pas \u00e0 la technologie. Il n\u2019est pas, comme on a pu le dire, inh\u00e9rent \u00e0 l\u2019hypertexte. Mais la confusion sur le type de lecture (information ou \u00e9tude) et le manque de ma\u00eetrise de la technologie peuvent se renforcer et produire de telles mauvaises lectures. Ces risques de nouvelles ignorances sont attach\u00e9es comme une ombre aux nouveaux savoirs r\u00e9els construits autour des pratiques num\u00e9riques. Les anglais parlent de \u00ab reading without literacy \u00ab, qu\u2019on pourrait traduire, sur un mode fun\u00e8bre, par \u00ab lecture illettr\u00e9e \u00ab, ou, plus sobrement, \u00ablire sans savoir lire\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\"><strong>Constituer et apprendre le savoir-lire num\u00e9rique <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">Quelques mots, pour conclure, sur les conditions sociales de d\u00e9veloppement de ces savoirs. Le cadre dans lequel se met en place la lecture num\u00e9rique est d\u2019une nouveaut\u00e9 radicale dans l\u2019histoire de la lecture.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">Les pouvoirs publics, politiques ou religieux, qui, \u00e0 d\u2019autres \u00e9poques, jouaient le r\u00f4le principal, n\u2019ont presque aucune influence directe sur le processus, ayant d\u00e9cid\u00e9, dans beaucoup de pays, de ne pas influer sur l\u2019orientation des logiciels, et dans la plupart, de se limiter \u00e0 une vision \u00e9troite et empiriste de \u00abl\u2019alphab\u00e9tisation num\u00e9rique\u00bb. Les technologies de l\u2019information rel\u00e8vent donc d\u2019un projet industriel, et il convient de mesurer le changement inou\u00ef que repr\u00e9sente un savoir-lire d\u2019origine industrielle. Un projet tel que Google Print va n\u00e9cessairement confronter le lecteur \u00e0 cette situation paradoxale d\u2019acc\u00e9der \u00e0 des textes pr\u00e9dispos\u00e9s \u00e0 une lecture d\u2019\u00e9tude, sans dispositif technique explicitement con\u00e7u \u00e0 cette fin.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">Dans cette situation, il est notable que le d\u00e9veloppement r\u00e9el de la lecture num\u00e9rique provient d\u2019un troisi\u00e8me acteur, d\u00e9sign\u00e9 habituellement comme l\u2019usager, et que j\u2019ai propos\u00e9 d\u2019appeler le (s) lecteur (s) num\u00e9rique (s). Dans d\u2019autres contextes, on parlera de \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb , ou d\u2019 \u00ab\u00a0amateur\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">Le r\u00f4le de ce nouveau sujet collectif, v\u00e9ritable co- producteur de la culture num\u00e9rique, est une question des plus fascinantes. De l\u00e0 proviennent sans doute des textes, des lectures, et toutes sortes de nouveaux objets \u00e9ditoriaux. Il appara\u00eet que le public du num\u00e9rique, le politique s\u2019abstenant et l\u2019offre industrielle ne le satisfaisant pas, a d\u00e9cid\u00e9 de faire de ces nouveaux savoirs ses propres \u00ab objets \u00ab, mais cette nouvelle soci\u00e9t\u00e9 des lecteurs num\u00e9riques est-elle \u00e0 m\u00eame de produire une technologie de lecture compl\u00e8te, int\u00e9grant l\u2019\u00e9tude ?\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">(1) Thomas Crump, Anthropologie des nombres, Seuil, 1995.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">(2) J\u2019ai essay\u00e9 de replacer ces fonctions dans leur historicit\u00e9, dans Id\u00e9e du lecteur , in \u00ab Nouveaux m\u00e9dias, nouveaux langages, nouvelles \u00e9critures \u00ab, Editions L\u2019entretemps, 2005.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">(3) Par exemple, le logiciel Netvibes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">(4) Ziming Liu, Reading behavior in the digital environment : Changes in reading behavior over the past ten years, Journal of Documentation, vol.61 n\u00b06, 2006.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">(5) Jacques Andr\u00e9,Alain Paccoud, Ecrire pour l\u2019\u00e9cran, irrempla\u00e7able typographie, dans La lecture num\u00e9rique: r\u00e9alit\u00e9s, enjeux et perspectives \u00ab, Presses de l\u2019ENSSIB, 2004. (6) Hartmut Obendorf et Harald Weinreich, Comparing link marker vizualisation techniques &#8211; Changes in reading behavior, Universit\u00e9 de Hambourg, 2006.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999\">(7)Alain Giffard, La lecture num\u00e9rique \u00e0 la Biblioth\u00e8que de France, \u00e0 para\u00eetre, aujourd\u2019hui sur http:\/\/alaingiffardblogs.com<\/span><\/p>\n<p>Mettant \u00e0 jour les sp\u00e9cificit\u00e9s de cette nouvelle activit\u00e9 qu\u2019est la lecture num\u00e9rique, Giffard soul\u00e8ve des probl\u00e8mes plus g\u00e9n\u00e9raux quant \u00e0 notre attitude vis-\u00e0-vis des technologies de l\u2019information et de la communication. Parce qu\u2019il y a une richesse (une surabondance?) de contenus ne signifie pas que l\u2019apprentissage et l\u2019\u00e9tude n\u00e9cessaire \u00e0 toute construction intellectuelle sont plus ais\u00e9s. L\u2019apparente facilit\u00e9 d\u2019usage de ces technologies masque un v\u00e9ritable savoir-faire \u00e0 acqu\u00e9rir, autant qu\u2019une partielle incompatibilit\u00e9 avec les t\u00e2ches que nous leur assignons. L\u2019usage exhaustif de l\u2019informatique dans des travaux de mise en forme &#8211; non seulement textuels mais aussi de son et d\u2019image &#8211; tend \u00e0 l\u2019installer comme un seul m\u00e9dium rempla\u00e7ant efficacement tous les autres. L\u2019apparente synth\u00e8se qu\u2019il op\u00e8re entre plusieurs techniques nous pousse plus ou moins consciemment \u00e0 le mettre \u00e0 la base de notre activit\u00e9 productrice alors qu\u2019il n\u2019en est que le moyen. Constamment placer \u2018\u2018le num\u00e9rique\u2019\u2019 en sujet, c\u2019est nous refuser de le penser aussi et surtout en tant qu\u2019objet, et d\u2019une certaine fa\u00e7on perdre son contr\u00f4le.<\/p>\n<p>En tant que designers, ces questions de \u2018\u2018savoir-Faire num\u00e9riques\u2019\u2019 sont int\u00e9ressantes dans ce qu\u2019elles introduisent comme r\u00e9flexion sur l\u2019utilisation d\u2019une technique particuli\u00e8re, technique qui est notre mat\u00e9riau quotidien. Cela nous pousse \u00e0 (re)penser \u00e0 la fa\u00e7on dont nous l\u2019utilisons, \u00e0 ce qu\u2019elle mod\u00e8le de nos repr\u00e9sentations, de nos mises en forme, et m\u00eame de nos m\u00e9thodes de r\u00e9flexion.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, l\u2019\u00e9mergence de ces nouvelles typologies d\u2019usage est un terrain riche d\u2019observations et de cr\u00e9ation pour un designer: Comment faciliter la t\u00e2che de l\u2019utilisateur des techniques num\u00e9riques sans rien cacher de leurs sp\u00e9cificit\u00e9s ? Comment ajuster plus \u00e9troitement la forme num\u00e9rique \u00e0 ses contenus prolifiques ? Et pourquoi pas, quelles alternatives \u00e0 cette forme, quelles hybridations possibles avec des techniques plus traditionnelles ? R\u00e9-inventer le langage num\u00e9rique, jouer avec, et non pas l\u2019accepter comme un objet portant en lui-m\u00eame sa propre justification.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelles relations entre la grammaire num\u00e9rique et les contenus (images, sons, textes) auxquels ces technologies nous donnent acc\u00e8s ? Quelle modification de nos usages d\u2019int\u00e9gration des connaissances cette grammaire num\u00e9rique implique-t-elle ? 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